Intégration méditerranéenne et désintégration de la question euroarabe

La coopération euro méditerranéenne viserait entre autres à l’intégration régionale, et au développement de synergies autour de la culture, l’éducation, la recherche, la science. Elle viserait les échanges entre pays du nord et pays du sud, mais également entre pays du sud eux mêmes. Lorsque l’on parle d’intégration méditerranéenne, il y a une question qui ne trouve pas de réponse depuis plus de 60 ans et qui réflète l’idée même que l’intégration euro-méditerranéenne a soit échoué parce qu’elle n’a pas résolu cette question historique, soit qu’elle peut tourner sans elle avec une plaie ouverte au coeur même de celle ci en l’ignorant largement et en vivant quasiment dans une sorte de myopie qui lui serait bénéfique. C’est bien sûr la question israélo-palestinienne, avec laquelle « on fait », ou « on fait sans ». Et qui bien sûr condamne en réalité largement le succès d’une intégration méditerranéenne des peuples.

C’est avant tout une désintégration régionale autour de cette question, et une désintégration internationale

En réalité, ce qui s’est passé cet été 2014, comme lors des précédentes guerres de Gaza, mais globalement ses 60 dernières années, est le reflet de plusieurs choses liés à l’union européenne, lié à la méditerranée, liés aux Occidentaux de manière globale, liés aux Arabes en particulier. La guerre a Gaza de l’été dernier a fait près de 2500 morts palestiniens surtout des civils, une cinquantaine israéliens surtout des soldats, près de 200 000 déplacés, et provoqué la mort de 800 enfants. L’impuissance mondiale, à temporiser la réaction israélienne, l’absence totale européenne à se positionner mais surtout agir et se présenter en tant que médiateur incontournable face aux Etats-Unis par exemple, l’ambiguité arabe historique autour de la question palestinienne et le tropisme de certains d’entre eux « en paix » en faveur d’Israël comme l’Egypte revenu dans le giron d’alliances de l’État hébreu, tout cela reflète en partie l’échec de l’intégration méditerranéenne.

La « question » israélo-palestinienne depuis plus de 60 ans c’est avant tout la défaite de la communauté internationale : et on le voit tout récemment encore dans cet écart de parole et d’acte concernant la reconnaissance de l’État de Palestine aux Nations unies en 2012 d’un côté et l’incapacité de soutenir la réalisation d’un véritable Etat sur le terrain, condamné par la colonisation israélienne contre laquelle rien ne semble possible ; on l’a vu en Méditerranée même avec l’UPM qui a échoué en partie sur cette question israélo-palestinienne et l’impasse autour d’une position et action commune des 43 pays du nord et pays du sud. C’est aussi donc la défaite des Européens, qui ne parviennent pas à exister dans le concert des nations entre des médiateurs incontournables jusque maintenant, les USA, au coeur du quartette, ou face à des médiateurs régionaux comme l’Egypte.

Enfin, c’est la défaite arabe, à partir du moment bien sûr où de puissants acteurs de ce monde politique, culturel, et social, reviennent dans un rapport de paix mais surtout de coopération fort avec l’État hébreu, objet de discorde par excellence. Or l’intégration régionale est favorisée bien évidemment à partir du moment où il n’y a pas de conflit ouvert, et l’on se pose tous en permanence la question lorsque l’on s’embarque dans un projet euro-méditerranéen : soit on parvient à détourner la question entre Israéliens et Palestiniens en se focalisant par exemple sur un sous ensemble régional (UE et maghreb, UE et Golfe), soit en intégrant Israéliens et Palestiniens au risque de voir le projet capoter parce que sensibilités, susceptibilités s’enflammeront rapidement à la moindre avancée considérée comme « suspecte », en faveur d’un des deux acteurs, braquant l’autre et ses soutiens. Bref, le casse tête si l’on veut favoriser l’intégration des peuples de la méditerranée, et la construction d’une communauté des peuples.

Du processus de Barcelone à l’impasse autour de la question aujourd’hui : du politique à l’économique oui ; du politique au civil, non

Le processus de Barcelone de 1995 avait pour but de créer une zone économique prospère, une zone politique de paix, et une zone culturelle foisonnante et dynamique. En partant de l’économique, ce qui est un succès en matière de libéralisme depuis 60 ans en Europe et depuis Barcelone entre Nord et Sud, on espérait un succès et une intégration politique forte. On connaît le résultat : des accords d’association privilégiés entre l’UE et la Palestine (donnant un vrai rôle politique à l’OLP à l’époque), et surtout avec Israël (depuis pile 20 ans et aujourd’hui le second partenaire de l’UE en méditerranée SIC) qui font l’objet de polémiques, tensions, réhaussement permanent au point que certains se demandent si Israël ne fait déjà pas partie de l’UE. Ca c’est un ‘succès » pour l’UE, mais n’a rien permis de faire avancer de façon bilatérale et globale. Cela questionne les tenanciers de l’argument de la paix économique avant tout entre Israéliens et Palestiniens pour parvenir à la paix, surtout lorsque de tels privilèges sont accordés à Israël en dépit du bon sens et je dirai presque du droit international (, gouvernement d’extrême droite aux relents nationalistes racistes xéonophobes limite apartheid selon John Kerry, produits des colonies, campagne BDS contre l’accord d’association Israël UE virulent). Et le blocage israélo-palestinien,  est bien demeuré le principal blocage au succès du processus de Barcelone, près de 20 ans plus tard, après l’assassinat de Rabin, après la seconde intifada, après l’échec des négociations de camp David, après trois guerres à Gaza, la situation économique bien sûr s’en ressent aussi sur le terrain : crise économique majeure en Israël qui sera la nouvelle bombe à retardement pour le pays et Palestine sous perfusion des subventions internationales (UE premier bailleur de fonds à 60 % qui fait que tout ce que détruit Israël en général dans ses guerres est souvent européen : exemple de l’aéroport international de Gaza en 2008) et fausse dynamique de croissance observée il y’a quelques années ou quelques originaux arrivaient à parler de « miracle palestinien » (à Rammalah bulle spéculative misant sur la paix un jour et la capitale à ramallah dans le pire des cas en opposition avec la situation dans le reste des Territoires de la Palestine), avec une croissance à deux chiffres, mais sans grande réalité. Pourtant l’intégration politique pourrait passer par l’économique, comme l’ont suggéré cet été certains intellectuels en Israël comme l’ancien député Daniel Bensimon, qui suggérait qu’Israël supprime le blocus, reconstruise Gaza et développe les échanges économiques directs entre Gazaouis et Israéliens, un bon moyen d’éviter une nouvelle guerre, et une étape vers la relance d’un processus global de négociation. Evidemment, rien, et une guerre qui a couté cher à Israël, une guerre ratée, une de plus, et une reconstruction qui va bénéficier unilatéralement via la communauté internationale, à Israël qui fournira les matérieux, et les moyens pratiques de la reconstruction.

A mon avis, il sera difficile de faire sans, mais tant que le processus de paix ne sera pas au moins relancé, et on est à des années lumières depuis plus de dix ans (je rappelles qu’à l’heure actuelle, il n’y a plus aucune forme de négociation ouverte, ni même secrête), il sera difficile de faire avec pour accélérer cette intégration méditerranéenne et le dialogue politique. L’intégration méditerranéenne suppose quelques harmonisations politiques sans extrémisme, or la situation politique israélo-palestinienne est dans la radicalisation et ce des deux côtés depuis plus de vingt ans. L’intégration méditerranéenne suppose un terreau culturel commun, et c’est peut être tout la difficulté de percevoir en Israël et en Palestine, cet élément de compatibilité : la majorité des juifs ayant fait l’État d’Israël comme ceux qui dirigent le pays depuis 60 ans, ont un état d’esprit occidental, plutôt européen (un pays pensée en Europe, construit par des Européens dans un monde inconnu et oriental).

La nation c’est comme disait Renan, ce lien non visible, ce lien magique, entre des personnes qui ont une volonté, un intérêt à vivre ensemble. C’est avant tout de l’affectif et du sensitif, du culturel bien sur, mais de l’émotionnel. La question entre Israéliens et Palestiniens nous touche tous, au plus profond, nous avons tous un avis, même ceux qui n’y connaissent rien, nous nous positionnons en Europens en faveur des uns et des autres, nous influençons et malheureusement souvent participons à la dégradation des relations entre les deux communautés ; mais si nous commencions peut être nous au Nord, par ne rien faire justement, et laisser en local et en régional les pays du Sud s’investir dans le sujet, un médiateur purement régional plutôt qu’américain ou occidental, si nous prenions du recul par rapport à des décennies d’ingérence, détruisant par là même le lien naturel entre ces gens qui sont condamnés à vivre ensemble les uns et les autres, peut être que le règlement avant tout politique de cette question avant tout humaine, permettre à ces deux peuples de se faire face et se regarder de nouveau pour avancer ensemble. En Europe, les Balkans ont toujours été la poudrière des relations entre Européens, et de l’intégration européenne. Quand on a fait l’Europe au sortir de la 2nde guerre mondiale, c’était pour défendre le plus jamais ca : manque de bol, une guerre a eu lieu au coeur même de l’Europe au début des 90’s, un génocide même (Srebrenica contre les musulmans). Les relations euro-méditerranéennes sont malheureusement pourries par la question israélo palestinienne, parce que ce modus vivendi, cette façon de penser européenne israélienne ne veut pas s’adapter à l’environnement régional qui la cerne. Vivre en résistance permanente, ce n’est pas s’intégrer, être intelligent c’est avant tout s’adapter. C’est peut être alors plus aux Israéliens forgés à la sauce occidentale, de faire un plus grand effort de compréhension

Le changement récent à la tête de la diplomatie européenne, avec Mme Federica Mogherini, peut il changer qqch dans l’approche européenne de la question israélo-palestinienne d’un point de vue politique et concret ? Après l’inertie de la baronne Catherine Ashton, les dernières positions de Mogherini sur la nécessité d’un Etat palestinien ne sont qu’un rappel de la déclaration de Venise, des années 1980, et de déclarations ultérieures. Dans le même temps, on cherche en permanence à rehausser l’accord d’association avec Israël, ce que les ONG propalestinienne dénoncent. A quand la fin de l’hypocrisie ? Si ca ne passe pas par le politique, ca peut passer par le peuple mais pas suffisant : les manifestations contre la guerre unilatérale d’Israël à Gaza cet été, ont eu lieu partout en Europe (Irlande, France, Suède, etc) et fortement aux USA, et toujours très peu dans le monde musulman (Indonésie, Turquie, Bahrein). Le 10 août 2014, Tahar Ben Jellou, dans Libération cet été avait titré sa tribune « Mais que font les pays arabes pour sauver Gaza ? » C’est une question récurrente, mais surtout comme je l’ai dit, historique. IL y a le politique et il y’a le social.

La Ligue arabe ? Elle n’a pas véritablement permis d’interférer dans la question comme dans la fédération des Arabes autour d’un destin commun et d’une vision commune pour l’avenir.

« Oui, la Ligue arabe ! Quelle misère ! Quelle insignifiance et cela depuis toujours. Elle ne sert à rien. Au contraire, elle devient la scène spectaculaire des incompatibilités des uns avec les autres. Elle fait illusion et certains pensent qu’en se réunissant, en pleurant ensemble, l’état du monde changera. Oublions cette instance qui aurait pu être utile et même efficace. Mais cela fait longtemps qu’elle est damnée et n’est pas crédible.

La « civilisation arabe » ? Il y a de quoi douter.

« Depuis 1948, la Palestine a été un laboratoire de la décadence de la civilisation arabe. Il faut que tous les Etats arabes se fassent violence, oublient leurs différends et se mettent d’accord pour aider sérieusement et concrètement le peuple palestinien. Ils pourraient, par exemple, créer un fonds pour la Palestine, et que chacun contribue selon ses capacités. Il faudra sans doute s’inspirer de la solidarité juive avec Israël. Pourquoi ne pas imiter ce qu’ils font avec intelligence et savoir-faire ? Une petite partie des immenses richesses que procure l’exploitation du pétrole et du gaz dans tous les pays musulmans pourrait aider à la création d’un Etat palestinien viable et dans une continuité territoriale à côté de l’Etat d’Israël. Son développement économique répondrait aux contraintes quotidiennes que l’Etat hébreu exerce sur les populations palestiniennes. Par ailleurs, cela ferait cesser la tutelle économique doublée d’un embargo scandaleux qu’Israël impose aux territoires occupés.La responsabilité des Etats arabes est là. « 

Voilà un vrai défi lancé aux peuples méditerranéens, et qui seraient un premier succès vers une véritable intégration méditerranéenne. De là, nous nous inscrivons à nouveau dans ce « temps long » cher à Fernand Braudel, et il faudra encore beaucoup de patience.  Sans une solidarité de TOUS ces pays et peuples, autour de cette question sinon, l’intégration méditerranéenne restera une utopie.

Pour plus d’informations techniques et historiques:

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bagf_0004-5322_2005_num_82_1_2435

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Sébastien Boussois is a doctor in political sciences, the former scientific and political advisor of the MEDEA Institute (European Institute on the Euroarab and Mediterranean Cooperation, Brussels), associated researcher with the Center Jacques Berque (Rabat / Morocco), in the REPI (ULB Brussels), in the UQAM (OMAN University of Montreal), teacher in High schools in international relations, speaker and political and communication strategy consultant on International relations, the Middle East and euro-Mediterranean questions.

Expert of the region and especially of the Israeli-Palestinian issue, he is besides the president of the CCMO, the Circle of the Researchers on the Middle East, which he cofounded (www.cerclechercheursmoyenorient.wordpress.com).

Sebastien Boussois has a particular experience in the Middle East affairs, which is not usually very easy to find in Europe. With a special political awareness of the situation in the Middle East, especially an analysis of what is referred to as the « Arab spring », which was not totally in line with the western perspective of it as a totally positive development, such analysis comes from his knowledge of the area which is not merely academic, but also interactive given his constant interaction and visits to various Middle East countries, including Maghreb countries but also Mashreq, which is not very common among Europeans.
His contacts and his communication skills are another layer of profession that gives him yet additional credit to his career.

He collaborates in numerous magazines and newspapers. Among them, Moyen-Orient, l’ENA hors les murs, Sciences et Vie, et donne de nombreuses interviews (France 24/ RFI/ France Inter/ France Info/ Radio Canada/ Medi 1/ BBC/ lemonde.fr/les clés du Moyen-Orient/Al Arabiya/ Le Nouvel Obs, le Vif l’Express/ La Libre Belgique/ L’Orient le Jour, etc).

World-class Independent consultant, specialist of the Middle East’s socio-politics matters and international relations general issues, offers consulting services to contribute to the development action-orientated policies and implementing them. Interested parties might include communication/PR firms, consulting businesses, internal consulting units, research institutes/think tanks, education organisations and charities.

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 couv homère final

Tel-Aviv, mutations d’une ville monde »

S5002255

 

« Was I sitting in Jaffa or Tel Aviv ? I couldn’t be sure. (…)The relationships between ancient Jaffa and twentieth-century Tel-Aviv is a metaphor for that between Israel and the Palestinians »

Adam Lebor, City of Oranges Arabs and Jews in Jaffa[1]

 INTRODUCTION

Tel Aviv a tout d’une grande capitale, mais pour des raisons politiques, elle ne l’est pas : c’est Jérusalem pour Israël[2]. Pourtant, avec plus de trois millions d’habitants, la zone urbaine de Tel Aviv qui regroupe 250 communes, constitue la plus grosse ville juive au monde, devançant largement New-York. Tour à tour symbole de la conquête sioniste, de la résistance politique juive à son environnement géopolitique arabe, de l’idéal collectiviste et socialiste, puis de l’entreprise néolibérale et spéculative, la ville blanche est prise dans de nombreuses contradictions qui n’en font nullement, comme toute grande agglomération, un espace homogène et égalitaire pour l’ensemble de ses concitoyens.

Elle est peut être devenue la ville la plus libre et tolérante d’Israël et de la région mais avec de fortes tensions originelles, le pari était loin d’être gagné. Il suffit d’observer Tel Aviv de l’avion, son caractère déstructuré, ce front de mer bétonné, ses quartiers entiers de bâtiments à deux ou trois étages, aux allures vieillottes et non rénovées et au sud, Jaffa, pour s’en rendre compte. La city, au nord, tranche en effet avec la colline de Yafo. Vidée de ses habitants arabes en 1948, entièrement réhabilitée, elle brille de mille feux, avec sa place de village, son église franciscaine, son minaret et son joli front de mer méditerranéen. Du ciel, le choc architectural général est violent et témoigne de l’histoire mais aussi des clivages socio-économiques. « C’est la ville laide la plus belle de la planète »[3] affirmait Yoel Marcus, éditorialiste au Haaretz, journal libéral israélien de gauche, à propos de « sa » ville en 2007. Le vieux tranche avec le neuf, le classé avec l’inclassable, et les maison bauhaus des années 1920 avec les tours de bureaux aux allures déconstruites voire détruites. Il nous faut revenir sur quelques éléments préliminaires pour comprendre cette ville complexe qui a certes le mérite de bouger, mais peut être un peu trop vite pour que toutes les strates sociales qui l’habitent parviennent à suivre.

Une ville de contradictions socio-historiques

D’emblée, la question peut paraître provocante, mais elle permet de poser le sujet : après un siècle d’existence, il convient de revenir sur l’histoire de cette ville-monde en en soulevant les contradictions, les déséquilibres et les déchirements internes. Capitale reconnue par la communauté internationale, Tel Aviv s’est constituée sur un socle socio-géographique arabe dont Jaffa est le parangon de la politique de « désarabisation » de la terre de Palestine depuis le début du XXe siècle. Puis de nombreuses strates ethniques et culturelles se sont greffées à la société originelle. De ces tensions sociétales complexes, elle est parvenue pourtant à devenir un espace de respiration dans le pays. Tandis que beaucoup idéalisent cette « bulle » comme le reflet du caractère libéral et pluri-culturel de Tel Aviv, la droite religieuse et nationaliste y voit d’abord un repère de gauchistes, de post-sionistes, de mécréants, et de Juifs peu soucieux des traditions séculaires du peuple hébreu.

Un processus d’agrégation sur un temps record ou les mécanismes de construction d’une ville-monde unique

Avec les pogroms en Russie, l’antisémitisme et le génocide en Europe, et la « menace démographique » arabe, il fallait peupler la terre d’Israël.

La question de l’immigration en Israël est intéressante pour au moins quatre raisons : le jeune âge du pays (64 ans) ; l’étroitesse de ce dernier et son « encerclement » géographique symbolique et réel ; l’importation en Orient d’un modèle social européen et la question de l’adaptation à son environnement de toute une population peu rouée au Moyen-Orient ; la cohésion de tant de segments socio-ethniques différents de par leur origine, leur religion et leur culture et leur regroupement massif dans une grande métropole comme Tel-Aviv. Du peuplement d’un foyer juif à la fin du XIXe siècle à la création de l’Etat en 1948, de l’immigration mythique des Juifs qui arrivent dans un pays neuf sacralisé et qui fait rêver à la poursuite permanente de l’aliyah des Juifs du monde entier en terre d’Israël grâce à la loi du retour, en passant par l’immigration économique essentiellement non juive après l’effondrement du bloc soviétique[4] et par les famines en Ethiopie[5] : avec un rythme d’immigration aussi soutenu, la société israélienne trop hétérogène est au bord de l’implosion.

Un siècle c’est beaucoup et peu à la fois pour une ville. La relative jeunesse de Tel Aviv peut difficilement laisser supposer que la « colline du printemps »[6] ait pu être le résultat admis par tous et pour tous d’une lente agrégation des différentes strates sociales locales et immigrées qui composent aujourd’hui la région. Il fallait parer à l’urgence, et le produit de cette immigration accélérée a conduit à une urbanisation elle aussi accélérée, voire chaotique, bien loin des fondements idéologiques du sionisme laïc chers aux pionniers plus ruraux et aux Juifs du Yichouv du temps de la Palestine mandataire. Pourtant, cette main d’œuvre devait servir la terre jusqu’à ce que la société s’urbanise et se tertiarise.

Tel Aviv reflète assez bien ce que la société israélienne est devenue : urbanisée, individualisée, paupérisée et déstructurée, aux antipodes des idéaux sionistes ruraux, socialisants et collectivistes pour la prospérité du plus grand nombre.  Ainsi Tel Aviv est devenue la plus grande mégalopole de l’Etat juif, et non plus de l’Etat des Juifs[7] comme Herzl l’avait imaginé, c’est à dire le symbole d’un Etat laïc destiné à accueillir tous les Juifs dans une logique d’Etat-nation. Le pays est  devenu depuis un Etat guidé par la ségrégation sociale et religieuse, sans mariage civil et avec loi du retour qui permet à tout juif d’être accueilli. Quelle place alors dans cet Etat dit « juif et démocratique » pour toutes les minorités qui ne seraient pas juives ou pas totalement juives au regard de la stricte loi juive, la Halakha, et en particulier pour les Arabes? Concernant la place des Arabes en Israël,  Laurence Louër résumait assez bien la situation dans son ouvrage Les Citoyens arabes d’Israël[8] :« La différence des citoyens arabes est aussi le fait de l’Etat. En partie liée aux impératifs sécuritaires (…), la différence prend plus profondément sa source dans la conception de l’Etat mise en œuvre par les pères fondateurs d’Israël. »

Une ville fière de ses libertés dans une région hostile: forces et faiblesses de la « bulle »

On retient pourtant aujourd’hui de Tel Aviv son côté européen ashkénaze, jeune, opulent, branché et décalé en marge des tensions régionales et nationales. Symbole de liberté dans la région, elle ne l’est pas vraiment pour les Arabes et les Musulmans, qui y voient encore la provocation ultime de ce que l’opération de conquête européano-sioniste a généré de plus occidental et colonialiste dans la région. Quand des missiles tombent sur Tel Aviv lors de la seconde guerre du Golfe en 1991, quand, dans une diatribe anti-israélienne prononcée lors d’une conférence en 2005, Mahmoud Ahmadinejad menace Tel-Aviv et appelle à rayer Israël de la carte, et quand le Hezbollah menace Tel-Aviv, c’est tout le pays qui est visé : Tel Aviv devient Israël, Israël devient Tel Aviv, le symbole juif et israélien qu’il faut détruire.

Côté juif, Tel Aviv n’est guère plus appréciée de la droite nationaliste et des ultra-orthodoxes qui y voient un lieu de débauche, une nouvelle Sodome et Gomorrhe. En effet, Tel Aviv a été élue première destination touristique gay au monde dans une récente enquête[9]. On y organise la venue de charters entiers de gays du monde entier. Si l’on parle d’une bulle pour les Israéliens relativement privilégiés qui de là y oublient la guerre avec les Palestiniens, le Hamasthan et même l’occupation des Territoires, c’est que l’on doit bien reconnaître que la ville est un havre de paix et de loisirs, où il y fait bon vivre en toute saison, grâce à son climat, ses espaces verts, ses commerces, ses animations, ses attractions, sa cuisine, et sa joie de vivre : en deux mots, son atmosphère méditerranéenne. Les minorités sexuelles y vivent librement contrairement à ce qui se passe dans la région puisque l’on y trouve boites branchées, saunas gays, mais également sex shops ou spectacles de strip-teases divers. La plage du Hilton est réputée pour y être un lieu de drague gay tout comme le parc de l’Indépendance, considéré selon l’universitaire israélien Amir Fink comme un symbole de la libération homosexuelle dans le pays et comme « le lieu de rencontres gay le plus connu d’Israël »[10]. Chaque année la gay-pride de Tel Aviv fait le plein, et elle a désormais même essaimé à Jérusalem ; ce qui n’est pas sans poser à chaque évènement quelques tensions et heurts entre les manifestants et les ultra-orthodoxes de Méa-Sharim comme en 2005 lorsqu’un « ultra » a poignardé trois d’entre eux[11]. Tel Aviv est la bulle qui essaime, mais elle subit parfois aussi en son sein les contrecoups de son « arrogance » libérale. Un autre juif religieux commettait une fusillade au Centre gay et lesbien de Tel Aviv le 1er août 2009, faisant malheureusement deux morts[12]. Malgré le vent de liberté qui souffle sur elle et malgré la bulle qu’elle constitue à l’échelle du pays, Tel Aviv mène quand même sa guerre du quotidien après avoir  parcouru un long chemin de combats socio-économico-politiques en un siècle. Elle est faite de contradictions, des fruits d’une construction contre-nature en un temps record et qu’elle est devenue un puissant instrument politique au détriment des Arabes, des marginaux et des pauvres de ce pays. Tel Aviv est parvenue, en partie, à sublimer ces tensions et rayonne à l’extérieur ; elle est une vitrine, et se révèle être aussi lorsque l’on creuse un peu un spectre exhaustif des tensions qui traversent la société israélienne et un excellent prisme des failles qui traversent le modèle sioniste depuis trente ans. Dans le même temps, la ville n’a jamais aussi bien défendu les couleurs de la liberté et de l’égalité dans une région aux multiples blocages identitaires, sociaux en termes de droits fondamentaux. Retour sur une ville aux multiples paradoxes et parfois à la limite de la schizophrénie.

  1. Tel Aviv, catalyseur des tensions originelles entre Juifs et Arabes (1880-1948)

« La Colline du Printemps » revient de loin. Elle n’est pas née dans la douceur puisqu’elle se créée sur une ancienne ville arabe quasi-anéantie sociologiquement parlant : Jaffa. Ce que le sociologue israélien Baruch Kimmerling en son temps aurait pu appeler un « politicide »[13]. Dans un de ses ouvrages en 2003, il nommait ainsi l’opération israélienne qui consista à vider progressivement la communauté et l’espace palestinien de toute réalité, de déconstruire son fonctionnement, voire d’en nier son existence purement et simplement.  De la ville arabe de Jaffa au XIXè siècle, il ne reste quasi rien ; en tout cas, rien d’époque. Aujourd’hui, elle est devenue un musée, rénové, blanchi, et sert davantage de lieu de promenade exotique et de décor pour les photos de mariage puisque la vue sur tout Tel Aviv y est imprenable. En réalité, ce qu’on appelle Tel Aviv-Yafo aujourd’hui, a englouti dans sa construction chaotique et historique le passé, le présent, et hypothéqué l’avenir arabe de Jaffa. Pourtant, cette ville millénaire possédait l’un des plus anciens ports antiques de la méditerranée. Héritière des passages des grandes civilisations antiques, des Egyptiens aux Byzantins en passant par les Romains, elle fut aussi le lieu d’accueil des Croisés avec Saint-Jean d’Accre.

Le passé arabe de la ville a été en partie gommé et Jaffa est devenu le paradigme des tensions historiques entre Juifs et Arabes en Palestine et le reflet du déni israélien à l’égard des Palestiniens.

L’histoire de Jaffa : une « désarabisation » par étapes du XIXe siècle au XXe siècle

Pourtant, si l’on remonte l’histoire, Tel Aviv vit parce que Jaffa, la ville arabe sur laquelle elle est bâtie a été vidée de ses Arabes. Très tôt, et dès le milieu du XIXe siècle, Jaffa devient le symbole de l’entreprise de construction sioniste en Palestine. En 1855, le philanthrope Sir Moses Montefiore acheta les premières terres juives en Palestine, à Jaffa, puis de nombreuses autres, et Alfred Rotschild créa la Jewish colonisation association (PICA). Plus tard, l’Alliance israélite universelle y construira une école agricole, symbole de la sacralisation de cette terre nouvelle qui devrait revenir un jour aux sionistes. Progressivement, Jaffa va devenir le centre du sionisme en Palestine, mêlant ashkénazes et séfarades. La ville va voir sa population passer de 1 000 dans les années 1880 à près de 40 000 habitants en 1910. Parmi eux, 8000 Juifs qui commencent à se sentir à l’étroit. Les années 1910 vont marquer un tournant dans la cristallisation des relations entre Juifs et Arabes à Jaffa ; d’autant que des tensions naissent du grignotage de l’espace commun par les sionistes. La ville n’est pas épargnée par les grandes révoltes arabes de 1921 et 1936 ; et la première Guerre mondiale, l’effondrement de l’Empire ottoman et le mandat britannique sur la Palestine reconfigurent les rapports de force : les Britanniques protègent les Juifs contre les Arabes en révolte qui cherchent à se rendre vers le foyer juif construit depuis 1906 en dehors de Jaffa : Tel Aviv. La ville devient le centre culturel et politique du foyer juif. Catherine Weill-Rochant, architecte française et enseignante à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris, décrivait dans un article la perception qu’avaient les pionniers de cet espace à construire : « La ville se développera tout au long du XXe siècle, certes, pour moitié sur le sable, mais aussi pour moitié sur le parcellaire agricole et sur les villages qui entouraient Jaffa. (…) Pour ces adeptes de l’histoire, c’est avec la venue des fondateurs de la ville, au tournant du XIXe siècle, que surgirent Tel Aviv et ses infrastructures régionales. La terre leur était promise, elle était donc vierge. »[14] Les Arabes vont donc vite devenir un problème.  Et selon Esther Benbassa, directrice d’études à l’EPHE Sorbonne, auteur avec Jean-Christophe Attias de Israël, la terre et le sacré, l’opposition entre sionisme original rural et sionisme de conquête urbain se matérialise rapidement, non plus seulement entre Juifs et Arabes, mais au sein même des rangs juifs : « Le manque total d’intérêt des sionistes pour la ville était en contradiction flagrante avec la réalité puisque la grande majorité des Juifs de Palestine était urbaine. Le secteur rural ne dépassa jamais le taux de 30% de la population juive et il n’en représente que 15% actuellement. (…)Aucune ville ne fut fondée, exception faite de Tel Aviv en 1909 à un moment où l’ethos pionnier et agricole ne dominait pas encore  totalement le sionisme local (…) Le clivage entre agriculture de gauche et ville de droite (particulièrement Tel Aviv[15]) crée les conditions d’un conflit entre ruraux et urbains sur la scène politique du pays »[16]

Alors que le nationalisme arabe gagne en intensité face à la montée des sionistes et aux tergiversations des Britanniques mandataires, la grève générale est déclarée entre avril et octobre 1936 et le port de Jaffa, pivot commercial stratégique, est fermé par les Arabes. Le sort de Jaffa, capitale culturelle et économique de la Palestine, donc bourgeoise, n’est pas simple : de la Commission Peel[17] au plan de partage des Nations unies qui est voté le 29 novembre 1947[18], la caractéristique ethnique majeure de Jaffa (forte densité arabe) nécessite un traitement particulier. Avec Jérusalem et Bethlehem, Jaffa devrait plutôt être une enclave sous contrôle britannique selon la commission Peel. Tandis que d’après le plan de partage de 1947, Jaffa ferait plutôt partie du futur Etat palestinien. Mais comment imaginer une telle enclave arabe en sécurité, autonome, et viable au milieu de l’Etat juif ?

En attendant les hostilités s’accentuent entre Juifs et Arabes autour de Tel Aviv et à Jaffa même, où des extrémistes juifs perpétuent des attentats et des Palestiniens tirent sur les rues du centre de Tel Aviv. L’historien Benny Morris revient dans nombre de ses travaux, et notamment dans The Birth of the Palestinian Refugees problem[19], sur la situation conflictuelle de l’époque :  les Arabes ont commis des attentats contre des civils à Tel-Aviv et Jaffa : des passagers de bus ont été tués et le nouveau centre commercial a été endommagé par les tirs d’un sniper embusqué. Palestiniens et Arabes ont ensuite généralisé la guerre, aggravant inéluctablement le sort des réfugiés. En cela, les responsabilités sont multiples et complexes autour de l’axe Tel Aviv Jaffa. Et la situation à Jaffa ne reflète guère l’attitude d’expulsion générale des sionistes parce que Jaffa a une sociologie particulière. En effet, les premiers départs volontaires des Palestiniens de Jaffa comme d’Accre et d’Haïfa concernaient les populations bourgeoises palestiniennes. La judaïsation de Jaffa et le départ de ses habitants est largement dûe aux départ volontaire des catégories aisées de la population palestinienne. Benny Morris analyse le « départ en masse » des Palestiniens autour de deux grandes vagues, sensiblement identiques, avant et après la création de l’Etat. L’on sait aujourd’hui que les premiers départs volontaires concernent les catégories aisées de la population palestinienne, notamment de Haïfa et Jaffa. L’historien, dans The Birth of the Palestinian Refugéee Problem[20] éclaire en détail les raisons qui ont conduit au dépeuplement des 369 villages évoqués. Pour environ 230 d’entre eux, les habitants sont partis après l’assaut des troupes juives; et pour 41 villages à l’issue d’attaques particulièrement violentes. La fuite est liée à la peur des massacres, notamment après celui de Deir Yassin. Morris n’estimait qu’à 6 le nombre de villages abandonnés à l’appel des autorités arabes locales. Jaffa est donc un cas à part. Vidée de ses riches, elle est assiégée par le Lehi et l’Irgoun, les milices de défense juive. On estime le nombre d’habitants qui ont fui en avril 1948 à 25 000 personnes.

Jaffa représente-t-il le symbole de la politique d’expulsion menée par les Israéliens ? Pas vraiment. Il faut davantage isoler le cas de Jaffa du reste de celui de la Palestine. Au delà de la pertinence des travaux de Benny Morris, Weill-Rochant résume elle aussi bien l’éternel débat entre historiens: « Pour les uns, en 1948, la ville [Jaffa] a été envahie et vidée de ses habitants, pour les autres, les habitants ont fui et Jaffa était considérée comme un vieux quartier, qu’il apparut naturel d’intégrer à Tel Aviv, capitale temporaire du nouvel Etat d’Israël »[21]. La bataille en avril 1948 pour relier Jérusalem à Tel Aviv est l’une des conquêtes les plus importantes et violentes du pays pour sa libération dans ce que l’on appelle pour les uns, le premier conflit israélo-arabe, pour les autres, la guerre d’indépendance. Les attentats des milices extrémistes juives se multiplient dans les villes à forte présence des deux communautés comme Haïfa et Jaffa. Dans son ouvrage City of Oranges[22], Adam Lebor décrit cette ambiance de fortes tensions : « L’Irgoun pose des bombes dans les quartiers arabes de Haïfa, Jaffa et Jérusalem » tout en relevant quelques actes isolés d’apaisement comme ce « pacte de non agression signé entre les propriétaires arabes et juifs afin que les plantations d’orangers autour de la ville soient épargnées »[23]. Mais ce fut rare. Comme le soulignait Menahem Begin, l’ancien Premier ministre israélien dans son ouvrage The Revolt[24] : « La conquête de Jaffa est un évènement de première importance dans la conquête du peuple juif pour son indépendance en 1948 ».

La judaïsation accélérée d’une terre et l’annexion progressive de Jaffa dans les mots et les faits

Tel Aviv est par bien des aspects l’archétype de la ville coloniale. Il faut distinguer ce qui fait le charme de la ville d’avant 1948, et ce qui fait une partie de sa laideur d’après. La ville fut pensée, dans les années 1920, par de nombreux architectes qui souhaitaient en faire une cité d’avant-garde. De ses origines en 1909 à un siècle plus tard, la ville a traversé, en accéléré, de nombreuses époques architecturales et d’urbanisation sur une courte période. Ce qui peut, en la voyant, laisser ce sentiment de ville tentaculaire, déstructurée, impossible à cerner de par son étendue. C’est l’urbaniste, biologiste et historien écossais, Patrick Geddes, qui est l’inspirateur de la ville en 1925. A la demande du maire de Tel Aviv, Meïr Dizengoff, il imagina le développement des cités-jardins pour permettre à Tel Aviv de passer d’une petite ville à une grande agglomération et pour créer un trait d’union entre ville et campagne. Dans son article « Mythes et constructions de Tel Aviv »[25], Catherine Weill-Rochant conteste l’idée selon laquelle la construction de la ville s’est faite dans l’urgence et de manière anarchique, y voyant au contraire un processus à long terme. Pour elle,  les travaux de Geddes sont l’image même que le sionisme est une longue opération d’adaptation d’une communauté à son environnement : « Le monde entier peut constater que le sionisme est synonyme de reconstruction régionale, de meilleures relations ville/campagne »[26]. Ou comment passer d’une tension originelle des formes de sionisme rural et urbain à une recomposition originale des deux en une nouvelle mouture inédite. Du sable au béton, il a fallu opérer une mutation foncière : il fallait viabiliser les terres agricoles à Jaffa afin de les rendre constructibles. Le mélange entre les jardins organisés et la terre en friche  est un compromis entre la pure ville et la pure campagne ; bâtiments et maisons à maximum trois étages, parcelles délimitées et plan en damier aéré, délimitation claire des espaces verts publics. On passe d’un plan urbain parcellaire et morcelé à une urbanisation en grands espaces collectifs agrémentés d’espaces verts. Catherine Weill-Rochant explique dans son article comment l’architecture organique de l’époque tente dans les années 1920 de concilier le collectif et le social avec rationalité, en parvenant finalement à grouper plusieurs parcelles afin d’envisager la construction de logements ouvriers et coopératifs dans une logique sionisto-socialiste[27].

La fusion de Jaffa et Tel Aviv fut une épreuve de forces en terme de modernité, de construction urbaine (plan ancien de Jaffa et ville nouvelle de Tel Aviv), et de géopolitique. L’exemple même de cette construction sociale et urbaine de Tel Aviv-Jaffa est à l’image des tensions entre Juifs et Arabes décrites plus haut. Le quartier juif qui se greffe à Jaffa est, dès les années 1920, conceptualisé comme un quartier moderne. D’une ligne de séparation entre les deux parties de la ville en 1921, le plan d’urbanisation a progressivement grignoté les terres arabes rachetées, avant d’englober plus tard Jaffa.  Dans ce projet de ville commune, il a fallu trouver un savant mélange entre une architecture d’avant-garde qui exporte des modèles architecturaux courus dans l’Europe des années 1930, et une architecture respectueuse de l’habitat traditionnel et de ses matériaux afin de l’adapter à son environnement. Le tropisme européen générait déjà un problème originel : fallait-il faire de Tel Aviv une ville méditerranéenne à l’européenne sur le modèle des villes du Nord et de l’Est d’où étaient issus les « pères » – quitte à importer des matériaux (souvent inadaptés à l’environnement propre) – ou plutôt une ville méditerranéenne orientale avec les matériaux locaux ? Le mélange des deux options fut adopté. Bien entendu, le plan d’urbanisme choisi conditionnait fortement le choix des architectures et des matériaux. Progressivement Tel Aviv intègrera les vieux quartiers de Neve Tzedek, d’Achuzat Baït, de la ville rouge à  la ville blanche pensée par Geddes, dans une tentative d’uniformisation des espaces de vie.

Extension du domaine de la lutte hors de Jaffa : une remontée de la confrontation psychologique entre Juifs et Arabes à la frontière Nord-Sud

La frontière nord-sud dans la ville reste une cicatrice apparente depuis des décennies. Si Jaffa est devenu un lieu « tendance », huppé, destiné aux ateliers d’artistes et aux riches familles israéliennes, avec des restaurants chics, chers et conceptuels, il peut rapidement redevenir le lieu symbolique des tensions historiques entre Juifs et Arabes. Ce fut d’ailleurs le cas en 2000 lorsque des jeunes arabes israéliens ont montré leur soutien à leurs frères de Galilée lors des répressions de la seconde intifada[28]. De même, certains lieux musulmans de Tel Aviv concentrent les manifestations de protestation à l’égard de la politique israélienne. Par exemple, la mosquée Hassan Beq, sur le front de mer, au sud de Tel Aviv, a l’extérieur de Jaffa, est devenu l’emblème de la montée des tensions entre Juifs et Arabes. Construite en 1916 et rénovée en 1988 sur sollicitation de la municipalité de Tel Aviv avec le soutien de donateurs du monde islamique, la mosquée est devenu un écrin du rapprochement entre Juifs et Arabes. Vue du front de mer, elle semble aujourd’hui enserrée par l’hôtel Intercontinental Ben Gourion, symbole de la confrontation des deux mondes. Trait d’union géographique entre Jaffa l’ancienne et Tel Aviv la nouvelle, la mosquée est devenue un théâtre où se focalisent les manifestations d’hostilités de tous côtés :  en 2001, après l’attentat qui a visé la boite de nuit le Dolphinarium, des Israéliens ont protesté devant la mosquée Hassan Beq, tandis que d’autres manifestants y protestaient contre le traitement politique de la seconde Intifada par le gouvernement israélien. Ponctuellement, elle fait l’objet d’actes de vandalisme perpétrés par des extrémistes juifs, comme ce fut le cas en 2005. Actes isolés mais violence symbolique.

  1. Tel Aviv normalisée, entre paradigme de la construction du pays et antithèse paradoxale des tensions sociétales (1948-2011)

Déséquilibres économiques et sociaux autour de l’axe nord-sud

Tel Aviv a une âme. Malgré des quartiers entiers rénovés sans charme, et d’autres largement dégradés – surtout au sud – comme les quartiers de la gare routière,  le quartier yéménite et le carmel, la mégalopole bénéficie des effets durables des projections de ses créateurs. Beaucoup parlent d’un chaos urbanistique qui a tout de même produit une grande urbanité. Le front de mer est déstructuré, les buildings éparpillés, et l’architecture des quartiers hétéroclite. Il n’y a pas d’unité architecturale et tout pourrait laisser penser qu’il n y a plus de plan d’urbanisation. Il reste de larges pans dans les quartiers d’héritages des maisons bauhaus construites dans les années 1920, à un étage, cubiques, blanches, entourées de jardins plus ou moins verdoyants, et de vieux immeubles particulièrement laids des années 1970, aux fenêtres grillagées par mesure de sécurité, aux fondations surélevées sur pilotis pour faciliter la circulation de l’air  en été. Un certain nombre sont en cours de rénovation mais pas à un rythme assez soutenu face à la dégradation générale liée en partie à l’influence maritime. Entre Tel Aviv la cosmopolite et anarchique et Jaffa, bien ordonnée, la ligne de séparation historique au sud de l’agglomération regroupe désormais les strates marginalisées de la société, vivant de trafic de drogue, de vols, de la mafia, de la prostitution. Aujourd’hui, Jaffa est pleinement intégrée au paysage dans sa dimension judéo-israélienne : ligne de train régionale nord-sud de Tel Aviv qui desservira Jaffa et la reliera aux communes huppées de Ramat Gan et Petah Tikva, explosion des autorisations de constructions résidentielles menaçant les Arabes qui habitent encore dans les quartiers au sud de Jaffa.

La richesse s’est donc développée au nord, et surtout dans les quartiers très au nord de Ramat Gan par exemple. Le sud est toujours plus pauvre. Comme toute grande communauté urbaine, Tel Aviv n’a pas échappé au profond processus de ségrégation économique et sociale, appelé « gentrification », et qui s’articule autour de l’ancienne ligne de séparation municipale. Le centre s’enrichit ainsi que la banlieue nord, pendant que le sud s’appauvrit irrémédiablement et concentre tous les travers de l’économie libéralisée : drogue, prostitution, violence, pauvreté. Le maire travailliste de Tel Aviv, Ron Huldaï, élu et réélu à maintes reprises, compte bien enrichir aussi le sud et s’est engagé dans une nouvelle bataille, propre aux grandes villes : multiplier les tours afin d’amener des ressources supplémentaires, mais également désenclaver certains quartiers paupérisés en jouant la spéculation et la flambée des prix. C’est le cas du vieux quartier de Nevet Tzedeq, au sud et à proximité de Jaffa, là où il n’y a encore aucune tour et où un comité de quartier tente de se battre contre cette nouvelle stratégie d’urbanisation verticale. Les pauvres devront partir de nouveau.

Si d’un côté, Tel Aviv affiche sa prospérité économique par ses buildings, et sa city, il ne faut pas oublier qu’elle concentre une grande partie de la misère du pays, avec au sud des quartiers entiers de déshérités propres à toute grande ville (où l’on retrouve surtout les noirs africains, yéménites, des Juifs orientaux, des Soudanais, des Thaïs aux conditions de travail et de vie précaires, vivant pour un certain nombre d’entre eux à la rue). En cela, elle reflète parfaitement les privilèges sociaux, économiques et politiques dont a toujours bénéficié l’élite ashkénaze européenne et ces privilèges sont matérialisés géographiquement

La « gentrification » de Tel Aviv, contre-modèle sioniste ultralibéralisé et individualiste ?

La société israélienne s’est profondément transformée en 63 ans. En réalité, elle se transforme au quotidien et l’évolution même de certains espaces géopolitiques, de certaines villes, certains quartiers en est le témoignage.  « L’instauration au sein de la municipalité arabe de Jaffa d’une idéologie sioniste moderniste et son déploiement concret, est un premier mouvement de mondialisation radicale qui concentre, au-delà des particularismes et des singularités de la situation, l’ensemble des dimensions de la modernité européenne : nationalisme, socialisme, colonialisme »[29] explique Caroline Rozenholc, spécialiste de l’urbanisme de Tel Aviv[30] Au delà du caractère originel sioniste, socialiste, nationaliste, la ville de Tel Aviv est devenue une ville globalisée, mondialisée d’un point de vue économique, avec ses travers.  Dans les années 1980 et 1990 les politiques ont favorisé grâce à la transformation de l’économie israélienne, le développement du tertiaire, donc des tours de bureaux, des centres commerciaux et des banlieues exponentielles, et donc des mis aux bans de la société commerciale et prospère. La société étant devenue ultra-libérale, non solidaire, et précaire, la métropole est à l’identique concentrant une large part des déshérités et des marginaux de cette société du matériel. Devenu le centre financier du pays, concentrant près de 90% des industries de hautes technologies, Tel Aviv est devenue une vitrine, comme le pays :1/3 des  habitants est en dessous du seuil de pauvreté. Aujourd’hui, la géographie urbaine s’en ressent sévèrement : fidèle à l’histoire, c’est au nord-est de Tel Aviv que se trouve le poumon économique de la ville alors que les quartiers sud au-delà de l’ancienne limite municipale avec Jaffa sont plus bigarrés, plus cosmopolites et plus paupérisés que jamais. Ainsi le siège du journal Haaretz, plus vieux journal israélien, au sud de la ville, est implanté dans un quartier à majorité noire africaine, rue Schocken, à peu de distance de Florentin et de Jaffa.

La recherche de Caroline Rozenholc sur le quartier de Florentin est intéressante à plus d’un titre : dans sa thèse elle mettait en perspective l’évolution du quartier et le phénomène de mondialisation qui a touché le pays. Pour cette dernière, « un peu à la marge d’une ville au dynamisme saisissant, le quartier de Florentin fonctionne (…) comme un prisme à travers lequel déchiffrer le quotidien d’une société israélienne en pleine transformation »[31]. Ce quartier résidentiel au carrefour de la ville moderne et du centre, et de Jaffa, reflète l’histoire des vagues d’immigration qui ont peuplé la ville : quartier industriel et populaire accueillant les migrants, il sera progressivement abandonné des services publics préférant le développement du nord. Les marginaux comme les pauvres s’emparent du quartier : « Il faut souligner que c’est la lecture historique de Florentin qui permet de comprendre les distributions socio-économiques au sein de l’agglomération de Tel Aviv Jaffa et la présence, à Florentin, de l’ensemble des strates de ceux qui vivent en Israël, citoyens ou étrangers (…) ; un avant-goût d’authenticité et de melting-pot israélien, dans un vieux quartier de Tel-Aviv en plein renouveau ». Du coup, ce quartier qui était pauvre devient, face à la mondialisation et à l’uniformisation des modes de vie, un quartier authentique et exotique. De là partira la gentrification et le réembourgeoisement des quartiers déshérités. Ce qui signifie que les pauvres seront expulsés une fois encore ailleurs, plus au sud probablement, alors que les catégories bohèmes, bourgeoises réinvestiront le lieu en masse. Cela n’est pas sans rappeler les théories classiques développées par l’école d’architecture de Chicago[32]. L’évolution d’une ville est concentrique et la rotation dans un processus de construction socio-historique condamne les catégories pauvres à quitter le centre, réinvesti par les catégories aisées, qui tôt ou tard, délaisseront ce centre face à la montée des prix et à la réduction des espaces de vie pour les marges, la banlieue, qui entraînera la spéculation immobilière et fera fuir de nouveau les strates paupérisées qui seront repoussées encore plus loin du centre. Il en était ainsi quand la ville a connu une urbanisation extrêmement rapide qui s’opérait sur fond de déracinements multiples, d’extrême hétérogénéité sociale et culturelle, de déstabilisation permanente des activités, des statuts sociaux et des mentalités.

C’est au sud de l’ancienne limite municipale que l’on trouve actuellement les immigrés paupérisés. Cette pauvreté renvoie à la force d’attraction de la mégalopole et aux évolutions socio-économiques qui ont accéléré cette marginalisation de toute une partie de la société, pour la plupart non juive, non israélienne pour sûr, et venue du tiers-monde.

Israël est un pays riche de pauvres et Tel Aviv en est la tête de proue. Dans une enquête publiée par l’Institut national d’Assurance en 2010, la classe moyenne était estimée à 15% seulement des Israéliens, ce qui est très faible et largement insuffisant pour enrayer le glissement d’une large part des Israéliens en dessous du seuil de pauvreté. On estime le taux de chômage à 6,4% de la population active israélienne, chiffre qui paraît peu élevé au regard de nos sociétés mais qui, en réalité, masque la précarisation de la société et exclue les personnes qui, toujours au chomage, ne sont plus indemnisées. En réalité, l’économie israélienne s’est effritée dès les années 2000 avec le début de la seconde intifada, lorsque le chômage a grimpé jusque 11%. Le retrait progressif de l’Etat providence, la lente libéralisation de l’économie, les privatisations des entreprises publiques, la réduction des dépenses de l’Etat avec l’arrivée de la droite en 2003 – Ariel Sharon à la tête du gouvernement et Benjamin Netanyahou au ministère des finances – a accéléré le processus de paupérisation de la société, et en particulier dans les grandes villes comme Tel Aviv. Ce qui se passe sur un plan national ressurgit au centuple dans un espace concentré comme la métropole. Tandis que l’on estime le risque de basculer dans la pauvreté à 16% dans les pays de l’OCDE, un rapport de Bitouah Leumi[33], la sécurité sociale israélienne, évoque un risque de 29% en Israël, soit deux fois la moyenne des pays de l’OCDE. Un enfant sur trois vit en dessous du seuil de pauvreté ; et 49 % des pauvres viennent de familles ou au moins un adulte est pourtant employé[34]. Selon  les derniers chiffres du Taub Center en 2009 : alors qu’entre 2000 et 2009, le chiffre d’affaires des entreprises a augmenté de 59% pour les sociétés…le revenu des employés n’a augmenté lui que de 17%. Enfin selon la Jewish Virtual Library[35], il est communément admis que la plupart des éthiopiens vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec un salaire moyen mensuel de 650 à 900 dollars pour faire vivre tout un ménage. Outre le difficile accès à l’éducation qu’elle rencontre, la communauté ethipienne souffre, en son sein, de l’emergence d’une forte délinquance articulée autour de gangs de jeunes à Rishon Lezion et à Rehovot voire a Netanya. Selon le rapport annuel publié par l’Institut national d’assurance[36], repris par Dana Weiler-Polak: « Le niveau de pauvreté en Israël a légèrement baissé pour la première fois depuis 2003, 19,8% des familles israéliennes souffrent de pauvreté en 2012, comparé au 20,5% en 2009. Le nombre d’enfants pauvres est passé de 36,3 à 35,3 entre 2009 et 2010. »  Dans le Jerusalem Post du 18 octobre,  Ruth Eglash, titrait l’un de ses articles sous forme d’un bilan effrayant: « La pauvreté a augmenté de 20% en seulement 4 ans ». On voit donc bien que si l’économie israélienne est l’une des plus compétitives au monde, une frange grandissante de la société souffre d’une pauvreté croissante…ce qui n’a rien de spécifique au pays.

Conclusion

Une ville de libertés et de tolérance aux antipodes des tensions sociales et politiques originelles et structurelles

Tel Aviv ville schizophrénique ? En quelque sorte oui mais Tel Aviv paradoxalement est aussi une ville normale, du moins normalisée. Entendons une ville qui a entamé de nombreuses mutations, et dépassé ses tensions originelles, sa construction historique tout à fait particulière, ses rapports initiaux belliqueux entre communautés locales et immigrés, pour devenir une ville attractive. Même s’il faut s’y plonger pour en déceler et en interpréter les tensions originelles qui l’habitent, elle ne manque pas d’atouts qui en font aujourd’hui une ville de tolérance et de libertés. Ce creuset du monde qui s’y retrouve, cette nature multicommunautaire en a fait une ville unique au monde, traversée par les mêmes lignes de failles sociales et économiques que les autres mégalopoles capitalistes et ultralibéralisées. Dotée de trésors historiques et d’atouts sociétaux uniques qui font office de vitrine, et de parefeu, elle est classée à l’UNESCO, grâce à ses maisons bauhaus qui sont le témoignage poignant de son développement dans les années 1930, et qui sont pourtant aujourd’hui négligées et pas toutes aussi bien rénovées qu’elles le mériteraient.

La mégalopole israélienne est à 60 km de la capitale reconnue par les Israéliens Jérusalem, 60 km de Gaza, 210 km de Damas, 210 km de Beyrouth, 400 km du Caire. En cela, Tel Aviv est donc une bulle d’air politique, culturelle, économique et sociale unique dans la région: proche en kilomètres et loin des turpitudes de ce qui se passe à Gaza, en Palestine et en Syrie, la ville juive est un havre de liberté pour tous ceux qui fuient la réalité du conflit israélo-palestinien. On s’y amuse, on fait la fête, on profite de la mer. Les minorités vivent en toute liberté, les jeunes oublient l’avenir. Bien sûr il vaut mieux y être à nouveau juif, ashkénaze, russe plutôt qu’oriental, éthiopien, ou arabe. Mais finalement la résilience, ou les traumatismes violents de sa constitution tout comme l’agrégation de multiples communautés sur un temps record, lui donnent un dynamisme, une ouverture d’esprit unique dans la région. Malgré ce que certains politiques tenteraient de faire croire à leurs populations, c’est peut être le rôle déterminant et stimulant de l’immigration, qui arrive avec ses coutumes, sa modernité, ses us, ses traditions, qui a permis à Tel Aviv de rester, malgré les vents contraires dans la région, y compris dans le pays comme à Jérusalem où les esprits se referment jour après jour avec l’obscurantisme juif religieux et le nationalisme extrémiste, un espace avant tout unique de libération pour près d’un million d’habitants. Soit un Israélien sur sept.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

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I.Pappé (2008), le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris, Fayard.

Sébastien Boussois

[1]              Bloomsbury, Londres, 2006.

[2]              Les Juifs ont toujours rêvé de Jérusalem comme symbole du retour à la Terre Sainte mais aussi comme capitale réunifiée du peuple d’Israël. Les sionistes ont fait de la ville sacrée leur capitale malgré le désaveu de la communauté internationale qui re connaît Tel Aviv et pose la question en suspens de la future capitale de l’Etat Palestinien. En attendant, siège du gouvernement et parlement, la Knesset, sont à Jérusalem alors que toutes les ambassades étrangères sont à Tel Aviv.

[3]              Haaretz, 19 juillet 2007.

[4]              1.200.000 russophones débarquent en Israël d’ex-URSS et d’Ukraine, la plupart sans culture juive.

[5]              Ces famines ont conduit les Falashmuras, descendants mythiques du Roi Salomon et de la reine de Saba, à s’installer en Israel. Aujourd’hui, ils vivent une vraie crise identitaire et font partie des couches les plus défavorisées de la population.

[6]              « Tel Aviv » en hébreu

[7]              Titre de l’essai du journaliste autrichien, devenu père du sionisme et inspirateur de la création d’Israël en 1896

[8]              Balland, voix et regards, 2003, p.20.

[9]              Compagnie aérienne American Airlines

[10]             pour plus d’informations, lire l’ouvrage de Amir Sumaka’i Fink et Jacob Press, Independance Park, the lives of gay men in Israel, Stanford University Press, Stanford, 1999.

[11]             http://www.fugues.com/main.cfm?l=fr&p=100_Article&article_id=18541&rubrique_ID=75

[12]             http://www.lexpress.fr/actualite/monde/attentat-homophobe-meurtrier-a-tel-aviv_778188.html

[13]             Politicide, Agnès Viennot, Paris, 2003.

[14]             Ville promise… ville due ? tel Aviv et Jaffa dans la Palestine d’avant Israël, Moyen-Orient n°2, août-septembre 2009.

[15]             Même si les choses semblent avoir bien changé aujourd’hui puisque la droite nationaliste considère Tel Aviv comme ce fameux repère de gauchistes et de libéraux, au sens anglophone du terme.

[16]             Israël, la terre et le sacré, champs Flammarion, Paris, 2001, p.272-273.

[17]             La Commission Peel est une commission d’enquête britannique qui tenta en 1936 de proposer des modifications de la Palestine mandataire suite au déclenchement de la grande révolte arabe.

[18]             Pour plus de détails sur le plan de partage des Nations unies, consulter l’ouvrage de Benny Morris, Victimes, histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, éditions Complexe, Bruxelles, 2003

[19]             Premier ouvrage du nouvel historien qui défie l’historiographie israélienne classique par ses révélations grâce à l’exploitation pionnière des archives de l’époque déclassées en 1978, Cambridge University Press, Cambridge, 1988.

[20]             Op.cit., p.14 à 17.

[21]             Pour comprendre les querelles d’historiens entre expulsion ou départ volontaire des Arabes, lire également Sébastien Boussois, Israël confronté à son passé, essai sur l’influence de la nouvelle histoire en Israël, L’Harmattan, Paris, 2008 ; mais aussi Ilan Pappé, le Nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, Paris, 2008.

[22]             Op.cit.

[23]             Op.cit. p.107.

[24]             Londres, 1983.

[25]             Paru dans le bulletin du CRFJ, le Centre Français de Jérusalem, en 2003

[26]             Town-planning Report- Jaffa and Tel-Aviv, rapport dactylographié, Tel Aviv, 1925.

[27]             Plusieurs éléments ont été repris de l’article de Catherine Weill-Rochant, « Mythes et constructions de Tel Aviv », p.91 et suites, op.cit.

[28]             Il y eut 13 morts coté arabe par la police israélienne.

[29]             « Tel Aviv a cent ans ! 1909-2009 : un siècle de globalisation au Proche-Orient », EchoGeo n°8, mars 2009, p.4

[30]             Auteur d’une thèse intitulée « Florentin : un lieu dans la mondialisation. Analyse des transformations socio-urbaines d’un quartier du Sud Tel-Aviv (Israël) 2005-2008 ».

[31]             http://www.mshs.univ-poitiers.fr/migrinter/e-migrinter/201006/e-migrinter2010_06_090.pdf

[32]             Comme Tel-Aviv, Chicago devint aussi le lieu emblématique de la confrontation des origines et des cultures, ainsi que le symbole même de la délinquance et de la criminalité organisée. Pour les sociologues de son université, elle représentait un terrain d’observation privilégié ou, mieux encore, pour reprendre le mot d’un des membres de cette école, Robert Park, un véritable « laboratoire social »[32].

[33]             Hamodia, 23 janvier 2012.

[34]             Chiffres 2010 de l’OCDE repris dans le dossier « Adressing poverty in Israel » ? Israel Philanthropy Advisors

[35]             http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/Judaism/ejhist.html

[36]             Haaretz, 17 novembre 2011.

Career

Sébastien Boussois is awarded a diploma in international relations of the University Paris – West Nanterre and is doctor in political sciences.

Having taught three years the INTERNATIONAL RELATIONS in Business School of Rouen, SPECIALIST OF MIDDLE EAST, in particular the Israeli-Palestinian conflict, he is a researcher associated with the EPHE SORBONNE in the Center Alberto Benveniste (Paris), in the IEE of the University Libre of Belgium ( REPI), in the Center Jacques Berque (Rabat) but also in OMAN (UQAM, Montreal, Canada). Each year, he gives many interviews on radio, newspapers, and television and gives lectures on his books and other subjects.

SCIENTIFIC ADVISOR to the Institute MEDEA in Brussels for three years, he organized monthly  conferences and once a year an international conference, managed the web site and the coordination of the publication of analyses and works of the think tank. He  works on the societies of the Arab world, the democratic transitions in the Middle-East and the Israeli-Palestinian question (history, water, society, intellectual landscape), but also international relations general issues.

Since Brussels, he realizes very specific consultancy services aimed at the European, academic and political institutions.

He also created in 2010 in Paris the CCMO, CIRCLE OF THE RESEARCHERS ON THE MIDDLE EAST which includes about forty researchers specialists of the region and a board of recognized specialists, and of which he is the President.

Since 2012, he has also turned to the PRIVATE AND FORWARD-LOOKING CONSULTANCY SERVICE on the Maghreb / Middle East, and Euromediterranean relations, where he proposes various fields of analysis and expertise: societies, democratic transitions, civil society, variations of the processes of democratization in the region, economic and social prospective and also investments opportunies. His presence in Brussels allows him to study closely the situation of the Mediterranean regional debates at the heart of Europe.

12 years experience in the public and private sector

Areas of Expertise: International Relations: understanding of major geopolitical contemporary country watch Country risk: strategic and policy analysis of certain target countries, strategic consulting and development, areas of analysis: the Arab-Muslim world, Israel, Maghreb countries Gulf study of major regional transformations, development and cooperation North-South relations, euro-Mediterranean Relations

Skills: research, knowledge, communication, management and strategy, networking, project management, teaching, organizing events

Analysis and policy advice: watch, monitoring and policy analysis, writing notes and arguments, consultancies for institutional, universities, think tanks, government departments, political, international organizations. Supervision and coordination: education and training; mediation and negotiation; conducting and organization of debates.Langages: french, english.

“World-class Independent consultant, specialist of the Middle East’s socio-politics matters, offers consulting services to contribute to the development action-orientated policies and implementing them. Interested parties might include communication/PR firms, consulting businesses, internal consulting units, research institutes/think tanks, education organisations and charities.”

Interview reprise sur Notreafrik

Egypte – Le président al-Sissi inaugure le deuxième canal de Suez (VIDEO)


Egypte – Le président al-Sissi inaugure le deuxième canal de Suez (VIDEO)

Le président Abdel Fattah al-Sissi inaugure jeudi le deuxième canal de Suez. Un pari fou, un projet pharaonique, un événement historique que dévoile aujourd’hui le président, lui qui voudrait avoir l’étoffe de Nasser en son temps… 

Projet vieux d’un an à peine, prévu pour 2017 au départ, ce nouveau canal, long de 72 kilomètres, a été construit à toute allure. Ce cours d’eau artificiel, parallèle au véritable canal de Suez, permettra désormais la double circulation des navires porte-conteneurs. Ce qui réduira le temps de parcours des bateaux et augmentera le trafic, puisque, jusqu’à présent, il était impossible que deux navires ne se croisent. Actuellement, environ 50 bateaux y circulent chaque jour. Désormais, ce chiffre devrait doubler. Et rapporter ainsi 13,2 milliards de dollars par an d’ici 2023, selon les estimations du Caire.

Ce nouveau canal de Suez, d’une valeur globale de 9 milliards de dollars, a été financé grâce à un appel aux dons. 80% des subsides viennent de particuliers, grâce à l’achat de bons d’investissements vendus par l’Etat, contre 20% d’entreprises.

Voici à quoi ressemble le nouveau canal de Suez par lemondefr

En 1956, la nationalisation du canal de Suez par Nasser, jusqu’alors détenu à 44% par les Britanniques, a permis à l’Egypte de relancer la croissance. Construit voici 135 ans, ce canal, qui relie la mer Rouge et la Méditerranée, et les trois continents de l’Asie, l’Europe et l’Afrique du Nord, rapporte 5 milliards de dollars par an à l’Egypte. Il est l’un des plus empruntés du commerce maritime mondial.

al-Sissi, rapporte L’Observateur, met ainsi tous ses espoirs dans ce nouveau canal, de même que dans la vallée technologique prévue alentour. Mais la situation égyptienne est totalement différente d’il y a cinquante ans désormais. Avec une instabilité politique depuis la chute d’Hosni Moubarak en 2011, ce qui inquiète investisseurs et touristes. Avec une croissance de 2% du PIB et un taux de chômage autour de 13%. Mais, alors que le pays est régulièrement frappé par des attaques islamistes, le canal permet de détourner l’attention et de promouvoir les atouts de la région en faisant oublier la guerre contre l’Etat islamique, poursuit le Nouvel Obs.

« L’ouverture du deuxième canal de Suez est un moyen d’asseoir de manière internationale son image », analyse Sébastien Boussois, collaborateur scientifique de l’Institut d’études européennes/REPI au sein de l’Université libre de Bruxelles (ULB). Son objectif derrière un projet pharaonique comme celui-là? Faire valoir sa capacité à diriger un pays, s’imposer en nouveau Nasser. Même si le pari est risqué. Car il ne peut y avoir de développement économique, d’affluence massive de navires et de vallée technologique, sans sécurité.

 

 

English publications

Israeli Elections Dominated by Defence and Security

The Israeli elections next March are filled with uncertainty, regarding both the turnout and the outcome. Current Prime Minister Benjamin Netanyahu can take nothing for granted as he runs against Yitzhak Herzog, the son of former President Chaim Herzog and candidate for the Zionist Union party, the main force of centre-left opposition.

However, games are already in play in the halls of governmental and party power, proceeding as if the make-up of the future coalition and identity of the next Prime Minister are irrelevant details. And in many ways, they are. Across the board, defence and security dominate the elections. This not only pushes pressing social and economic issues far down the agenda, but may have unforeseen long-term negative consequences for Israel’s international standing.

Defence: priority number 1

Under the Netanyahu-Lieberman double-act, Israel has become isolated and widely detested internationally. The Prime Minister has brought relations with the United States to a historic low, appearing constantly at odds with President Obama. As Minister of Foreign Affairs, Lieberman has been globally condemned for his arrogant and suicidal policies, most notably his incendiary language and brutal actions against Arabs in Palestine and beyond.

Nonetheless, Lieberman (Yisrael Beiteinu) is already manoeuvring for the much coveted post of Minister of Defence, limbering up for a head-to-head with Naftali Bennet (Jewish Home). With the incumbent, Moshe Yaalon, seemingly already out of the race, it seems that the field is open for the two most extreme members of the current government to duke it out between themselves. Whoever ends up controlling the ministry will control the defence budget and thus wield enormous power within the country.

This jostling, begun well in advance of the election, extends to senior positions within the military. On 16th February, the high-profile General Gadi Eizenkot replaced Benny Gatz as Commander in Chief of the Israeli Defence Force (IDF). Israel’s new top officer is known for his ruthless application of the “Dahiya doctrine”. Authorising the use of overwhelmingly disproportionate force and discarding possible civilian casualties, this military tactic has been used extensively by the general in both Lebanon and Palestine. Its most recent application was in the 2014 Gaza war, as Israel’s “Operation Protective Edge” left nearly 2,500 civilians dead, with Hamas combatants making up at most 20% of total casualties. Israel, of course, accused Hamas of using civilians as human shields.

The degree to which such events have overshadowed the election illustrates the growing importance of the Ministry of Defence in recent years – a consequence, largely, of the current government’s rhetoric. Playing on the historic trope of the “Amalek” (the Biblical enemy of the Jews who attacked them during their flight from Egypt), Netanyahu has used the regional turmoil over the last four years to justify huge military and political overreactions to the slightest concerns in neighbouring Lebanon, Syria, Egypt and the Palestinian Occupied Territories. This has distracted from his failure to solve serious economic and social crises, against which Israelis demonstrated in record numbers in 2011, as 400,000 people came out onto the streets.

While Netanyahu’s continued emphasis on security and war may placate people for a while, it comes at an economic – a perhaps, eventually, a political – cost. For now, however, the current administration has succeeded in defining the ground over which the election will be fought. As such, the centre-left – meaning the Zionist Union party of Livni and Herzog – will struggle to win power on any other programme.

In the current atmosphere, even a minor incident from inside or outside Israel before the March 17th election would result in any emphasis on social justice and economic reform being swept away. In the face of cuts elsewhere, the defence budget – 20% of state expenditure – remains immune, making it almost impossible to address socio-economic issues. Bellicose rhetoric may be able to justify the state’s lopsided spending priorities, but only so far and for so long.

Security or self-imprisonment?

While Israel’s physical separation from bordering countries is a long historical process, it has been accelerated over the last ten years by the right and extreme-right governments that have come to power under Ariel Sharon and Benjamin Netanyahu. Starting with the infamous “Security Wall” in the West Bank, this policy has since continued with three other reinforced walls at Israel’s external borders. Indeed, from North to South, East to West, in addition to “preventative wars”, Israel has long developed its defensive fortifications.

The cost of this to Israel itself is increasing isolation from its neighbours. Denis Bauchard, a lecturer at Sciences Po University in Paris, described the Israeli state as undergoing self-imposed “bunkerisation” [1]. Netanyahu’s own language mirrors this, with the Prime Minister claiming that “the country must be surrounded by a fence” [2]. To justify such policies, the government relies on two claims: first, the need for security; and secondly, the need to preserve the Jewish character of the state. Israel is thereby presented as a “villa in the jungle”, an isolated shtetl or Yiddish neighbourhood of a central European city, like the Prague ghetto.

First conceived as a “security fence” protecting Israel from terrorist attacks and suicide bombings, the Wall swiftly became a separation barrier. Between 2002 and 2005, its route was altered many times, evidently with the aim of eating up more Palestinian territory. For such reasons, while it has been effective in reducing suicide bombings, the Wall remains highly problematic under international law and was in fact declared illegal by the International Court of Justice in 2004. The Court’s request that the Wall be dismantled has, of course, been ignored.

Indeed, while further construction had been temporarily suspended due to economic reasons following the demonstrations of 2011 (only 400 of the planned 760km have thus far been built), the government has recently announced its resumption[3]. However, beyond the illegal nature of the construction, Palestine’s acceptance to UNESCO in October 2011 has disturbed the plans of major Israeli strategists. For instance, in June 2014, the village of Battir, which lies south of Jerusalem and dates from the Roman period[4], was included in the « World Heritage in Danger » list following tough negotiations and exchanges within the assembly. The UNESCO vote aims to protect the architecture, hills and olive groves of Palestine and work towards political recognition of the country, while preventing the completion of the Wall.

This intervention is merely the most high-profile of an ever increasing number of complaints, which each year delay construction. Most, in fact, are heard in the Israeli Supreme Court, which is responsible for considering appeals seeking to alter the route of the Wall. A current dispute centres on the Christian Cremisan Valley, which would be permanently split in two in the Wall is built as planned[5].

However, it is not only in the West Bank that such “security” measures are underway. In addition to the blockade imposed on Gaza since 2007, other preventative measures against terrorists include a triple-barrier, seven-metre-high fence encircling the Strip, meant to deter those tempted to cross the border into Israel. Created after the 1993 Oslo Accords to delineate sovereign Palestinian territory, the barrier was severely damaged during the Second Intifada and rebuilt in 2001. Today, it runs for 60km, with the two main entry and exit points in Rafah (controlled by Egypt) and Erez (controlled by Israel).

The construction of a wall of almost 250 km along the border with Egypt is also officially underway to stop the trafficking of all drugs, weapons, goods and illegal immigrants. The Sinai side of border control has become less effective in recent times, resulting in increases in criminal and terrorist activity (including armed infiltrations and attacks) in this sensitive area. Moreover, Netanyahu declared in 2010 that illegal immigration was a mortal threat to the country, seemingly on a par with terrorism[6]. At a press conference in August 2012, the Prime Minister stressed: « The phenomenon of illegal infiltration from Africa is extremely serious and threatens the foundations of Israeli society, national security and national identity”.

A much shorter wall, on the Lebanese border, is proposed to run along the Blue Line[7] for 1 km. Political developments in Lebanon could indeed pose a threat to Israeli security as a result of the Syrian crisis and the possible strengthening of Hezbollah’s arsenal. The new wall will be supervised by UNIFIL[8] and will run between the Israeli town of Metula and its neighbour, Killeh, on the Lebanese side. Of course, it will not prevent rockets falling into northern Israel.

Finally, the 120km-long metal fence on the Golan side was strengthened in the second half of 2013 in order to prevent further infiltration of people and cargo. Yigal Palmor, former spokesman of the Israeli Ministry of Foreign Affairs, laid out the tactical purpose of the fence in the summer of 2014 while he was still in office, saying that there was not much else to do except observe the evolution of the Syrian conflict: « In the Golan, there is no need to look beyond the status quo until the situation in Syria is permanently stabilized”.[9]

Yet, however justifiable these walls may or may not be in security terms, each metre constructed contributes further to Israel’s physical and diplomatic isolation.

Short-term gains for long-term pain?

While the excessive focus on defence and security makes sense in immediate terms, it could bring serious consequences for Israel further down the line. By employing sensationalist rhetoric, Netanyahu and future Prime Ministers may distract from socio-economic issues for a while, but in ploughing precious resources into the military, successive governments hamstring their own ability to tackle these problems. As last summer’s demonstrations show, such an approach is only likely to work for so long.

The “security walls” – as well as the settlements – similarly make a certain sense from an Israeli point of view in the short-term. However, the duplicitous and cynical manner in which such fortifications have been constructed, appropriating yet more Palestinian land, has been disastrous for Israel’s international image and have all but cut it off from the wider region.

For now, whatever quarrels exist between Israel and the United States, no actual reduction in American support has occurred. As Obama emphasised in a recent interview with the Israeli newspaper Haaretz:

As I have said repeatedly, neither my commitment – nor that of the US – to the security of Israel and the Israeli people, will ever falter and supporting peace will always be the cornerstone of this commitmentbudgets are tight in Washington, but our commitment to Israel’s security remains undimmed. The United States pledges to provide more than $3 billion each year to help fund the security of Israel until 2018

Whether such unyielding support will continue indefinitely, however, remains to be seen. Israel’s tactical emphasis on defence and security lacks strategic vision. While this raises serious problems for the country’s long-term future, it appears that nobody in the upcoming election is willing or capable of addressing them.


[1] Denis Bauchard, Le Nouveau monde arabe, enjeux et instabilités (The New Arab World: Issues and Instabilities) Bruxelles, André Versaille éditeur, 2012.

[2] Ibidem.

[3] « Israël va relancer la construction du mur de séparation en Cisjordanie » (Israel will revive the construction of the separation wall in the West Bank), rfi.fr, 5 juillet 2012.

[4] « Palestine : Un paysage de Cisjordanie menacé par le mur israélien, déclaré « patrimoine mondial en péril » » (Palestine: A West Bank landscape threatened by the Israeli wall, declared » World Heritage in Danger),  HuffPost Maghreb/AFP, 21 juin 2006.

[5] « Israël : où en est la construction du mur de séparation ? » (Israel, which is the construction of the separation wall?), rfi.fr, 29 janvier 2014.

[6] « Netanyahou: Illegal immigration threat to Israel », jta.org, 21 janvier 2010.

[7] Line drawn in June 2000 by the UN after the Israeli withdrawal from Lebanon on May 25 ending the occupation that began in June 1982.

[8] United Nations Interim Force in Lebanon.

[9] « La décision d’une attaque d’Israël contre l’Iran n’a pas encore été prise » (The decision of an Israeli attack against Iran has not yet been taken), interview d’Yigal Palmor, la.vie.fr, 29 août 2012.

Israel’s Uncertain Election

The Israeli elections are fast approaching. The provocative speeches and shocking actions of major candidates reveal and further stoke the flames of the battle for control of a country riven by internal discord and beset by external pressures. With final polls leaving the outcome uncertain, the best commentators can hope to do is survey the trench lines over which the election will be won or lost.

Zionism of the Left and Right

Whatever fears of existential threats Prime Minister Benjamin Netanyahu expressed to the United States Congress, he returned to an Israel assured of its status as an established nation-state. The primary purpose of Zionism – to establish a Jewish homeland in Palestine – was achieved in 1948. For many, including several prominent historians and politicians, this raises a fundamental question: what is the role, if any, of Zionism today?

For some, the most important function of Zionism today is to preserve the state at all costs. This is the position, for example, of previously left-leaning historian Benny Morris, who swung decisively to the right with the wider radicalisation of Israeli society post-2000. For Morris and others like him, the emergence of a Zionist left list – represented most prominently by Herzog’s Zionist Union Party – is a cause for concern.

What then, has become of the socialist ideals which characterised previous incarnations of Zionism? For many early migrants, it was these principles which gave Zionism ideology much of its beauty and appeal. But today, all the Kibbutzhave been privatised. What better symbol is there of Zionism’s transformation?

Indeed, Zionism’s right-wing, nationalist aspects – which have only grown since the conquests of land in 1948 and 1967 – have all but erased these socialist and humanist ideals. Beyond this hardline ideology, Israel has become just like all other contemporary modern societies embedded in globalisation, nothing more and nothing less. Earlier leftist collectivism has given way to ultra-liberalism (economically speaking) and individualism.

The “new historian” Tom Segev, known for his work on the Six-Day War, has written on such matters.  “At the time [of the War],” he recently commented, “I thought and I wrote that Israel was moving towards post-Zionist society. I was wrong. It has evolved into a more Zionist society”.

To revive itself, the Israeli left has to engage with the severe socio-economic issues affecting Israelis. By rediscovering alternative understandings of Zionism, they may be able to make Israel a state for all its citizens. Indeed, as I wrote in a previous article, the outcome of the election may depend on whether socio-economic problems can replace defence and security as the pre-eminent topics of party debate.

The security imperative

For decades, the priority of Israeli governments has been – often legitimately – the security of Israelis, who often feel assaulted or even under existential threat. Netanyahu’s speech to Congress can be seen as an attempt to maintain this focus at the expense of domestic socio-economic problems. As I have argued elsewhere, this may be counter-productive for Israel in the long-term.

Nonetheless, Netanyahu has made consistent efforts to present Iran as Israeli’s number one enemy, above historical threats and new actors such as Da’esh (the Arabic acronym for the “Islamic State”). Iran is said to be at the centre of a “Shia axis”, whose tentacles extend along the Lebanese border into the Golan Heights and now penetrate Gaza.

This is not a new tactic: the Israeli Prime Minister emphasises the threat from the Islamic Republic at every election, including the American in 2012 and now ahead of Israel’s on 17th March. For Netanyahu, Iran is the heart of the hydra, financing Shia militias and pursuing a military nuclear programme which, the Prime Minister claims, would undoubtedly be directed against Israel at the earliest opportunity.

With the election looming, much will depend on whether the public shares the Prime Minister’s concern of Iran and his prioritisation of external threats over domestic issues.

Right against centre-left: the power of the extremes

According to the polls, Netanyahu’s right-wing Likud (23 seats projected in the Knesset) and Livni and Herzog’s, centre-left Zionist Union are neck and neck. Established parties, such as Lieberman’s Yisrael Beiteinu appear marginal (5 seats projects).

But in this highly political landscape, shifting from one election to another, alliances are made and broken as key figures create, join or defect from different factions. Livni is a case in point, having tried everything from right to centre-left. Having started out as a member of Netanyahu’s Likud, Livni switched to Kadima, the party of Netanyahu’s great rival, Ariel Sharon, before running for Zionist Union with Herzog. She has also served as Netanyahu’s Minister of Justice and representative for the peace process.

As for the current Foreign Minister, Avigdor Lieberman, whose inflammatory anti-Arab speeches have caused multiple scandals in Israel and beyond, he knows what he must do: if he wants to hold a prominent position in the next government, such as Minister of Defence, he must join an anti-Likud alliance.

The smaller parties which can make or break the election outcome are Yesh Atid Yair Lapid, who have cold relations with both Netanyahu and Lieberman, and of course Naftali Bennet’s far-right Jewish Home, on course for around twelve seats. Although the left-wing, secular party Meretz has pledged “unconditional” allegiance to Herzog’s centre-left block, it carries little weight, with just five seats projected.

At least as much as appeal to the electorate, the next government will be formed by whoever can best navigate the shifting sands of Israeli party politics to form a majority in the Knesset. Worryingly for the centre-left, it appears that the far-right are best placed to act as king-makers.

The Israeli-Arab vote

The greatest hope for Zionist Union may therefore be to seek an alliance with Arab parties. Centred on the Hadash communist party, the united Arab list is projected to win thirteen seats.

While the Israeli electorate are extremely volatile and one can never be sure of election results prior to the event, it is clear that the radicalisation and rightward drift of Israeli politics over the last fifteen years and under Netanyahu is not unopposed. Against the nationalist and religious Zionist supporters of colonisation and opposition to the establishment of a Palestinian state, there is something of a resurgence of the left and centre-left.

Notwithstanding Herzog’s confidence that his alliance with Livni will be enough to oust Netanyahu, it seems certain that the Arab vote will weigh more than ever. However, since the failure of the Camp David talks in 1999, the Arab-Israeli population have turned their backs on Israeli centre-left parties, for whom they traditionally voted before this perceived betrayal.

Much therefore hinges on whether the rise of the extreme right will push the Arab list into a coalition with the Israeli centre-left. Such an alliance is essential for the return of Israeli Arabs – 20% of the country’s total population – to political affairs. It is this potential alliance which of which Netanyahu is most afraid.

Neglect of economic and social issues

The Netanyahu government has failed to solve the serious economic and social crisis in the country. The few measures taken in 2011, after the biggest demonstrations in Israel’s history, have been ineffectual.

The outgoing Prime Minister has no real economic and social program; neither do his opponents on the centre-left. This neglect is caused – or perhaps merely legitimated – by the unstable regional situation following the Arab uprisings of 2011, which has been used to justify a disproportionate focus on security.

Under such conditions, the defence budget consumes 20% of state spending. Yet, in the face of heavy cuts elsewhere, it has remained immune and any questioning of such expenditure has become a taboo.

As long as such a large proportion of state revenue is spent on defence, it is difficult to imagine any solution to economic and social problems or a rebuilding of Israel’s welfare state. The elections, unfortunately, will not change anything in this regard.

The Palestinian question: a deafening silence

Despite the two main rival camps being neck-and-neck, it is almost certain that neither will promise to resume peace negotiations. Labour’s list is primarily Zionist. It is also worth remembering that the Israeli left blames its own demise in the 2000s on having trusted the Palestinians. At the same time, Labour Zionism was responsible for the original expulsion of the Palestinians in 1948, the Six-Day War and in 1967. Indeed, leftist parties conducted the colonisation of Palestine from the outset, until the last Labour Prime Minister, Ehud Barak, joined Netanyahu’s nationalist coalition in 2003.

The prospects of an alliance between Arab parties and the Israeli left, which it may seem to make political sense, are thus uncertain, to say the least. As the election approaches, tensions are rising. Palestine’s application to the International Criminal Court, Israel’s suspension of tax revenue payments to the Palestinian Authority, the arrest of Hamas officials in the West Bank – all point to the swift deterioration of relations since 2014’s “Operation Protective Edge”.

In the weeks leading up to the election, the Palestinian issue has been covered by a spell of silence. Netayahu’s experience in non-negotiations; the rise of Herzog’s block over the old centre-left led by Yair Lapid; the emergence of throwaway parties which rarely last from one election to another; the attempts of civil society actors to disrupt the dominance of the politic-military establishment; whatever attention has been paid to socio-economic issues: Palestinians remain the primary victims of the Israeli electorate’s decision to vote on the basis of security concerns again and again.

Netanyahu mark-IV: a predictable victory

The Israeli elections on March 17 should not have had a surprise result. Surveys and experts had been predicting the downfall of Netanyahu for several days. The outcome of the vote was, in fact, according to the latest polls and after a particularly aggressive and angry campaign, supposed to consolidate the position of the center-left Zionist camp, with the Herzog-Livni double act succeeding Benjamin Netanyahu. Intellectuals, politicians of all stripes abroad, even researchers: all were convinced of a coming political renewal at the head of the Jewish state. They believed in a return of the « left. » However, a number of specialists resisted the media bandwagon. We were proven correct. And the biggest surprise of the elections? The unusually high turnout of around 72%.

Predictions of the return of the “left” in Israel indicated a lack of understanding of Israel’s political landscape, recent history and electorate – and, crucially, of Netanyahu’s character. For fifteen years, the right and the extreme right have been in the ascendency, signaled by the increasing colonisation of territory and obsession with security in an uncertain regional context. Both developments are caused by and further stimulate the rise of the right, nationalism and religious Zionism.

The latter concern is arguably legitimate, since the region is undoubtedly worryingly unstable. However, although Sharon evolved towards the end of his political career from the hawkish posture he had held since the War of Independence, can we expect the same from Bibi? Do such expectations entail accepting the old adage that, if you want peace, you must prepare for war? It is of course unlikely that he will start to make concessions. The only time he did so, in 1999, he lost his job.

Moreover, those wishing for a return of the “left” should remember that, historically, the Israeli left is responsible for end of the Palestinian state on November 29, 1947, and the expulsion of Palestinians between 1947 and 1949 – with, of course, a helping hand from right-wing militias such as the Irgun and Stern Gang. Leftist parties also conducted the Six Day War and laid the ideological roots for the colonization of Palestinian territories in the name of security, long before the arrival and subsequent ascendency of the right in 1977. People should also not need reminding that the occupation of Palestinian territory has been uninterrupted for forty-seven year and, indeed, intensified under the 1999-2001 tenure of the Labour Party’s Ehud Barak.

Netanyahu’s headstrong and hardline approach to politics may be isolating Israel and destroying whatever possibility remained of an independent Palestinian state, but his departure from previous leaders – including those of the Israeli left – is one of style more than substance. And as long as he continues to offer a firmer and – at least rhetorically – more convincing position on Israel’s security, it is hard to see him being swept aside.

Netanyahu’s Likud: a symbol of national unity against the new Amalekites

There are degrees of radicalism in the various political parties of the right, nationalist, religious Zionist and Messianic Israeli movement. But Netanyahu’sLikud remains the largest party in government. Unlike others, such as Kadima, the right-wing party which eventually joined the left in 2006, Likud is the party most able to deliver unity among the right-wing sections of the electorate. Except in the elections of 1999 (19 seats) and 2006 (12 seats), Likud has rarely dropped below the twenty or thirty seats in the Knesset since 1973: 39 seats in 1973, 48 in 1981, 32 in 1996 (when Netanyahu became leader of the party and Prime Minister), 38 in 2003, 27 in 2009, 20 in 2013 and 30 in 2015.

Due to this relative consistency, Likud in its policy and rhetoric is a fundamental reference for Israeli voters. And their line never changes: security, security and security. In reality, this involves the colonization of Palestinian territories, the refusal of a Palestinian state, the waging of numerous preemptive wars which are devastating not only for Israel’s enemies, but for the country’s economy and, in turn, society. Likud constantly presents itself as defending Israel against a host of enemies, the star cast of which does not change, regardless of the situation: Iran, which nevertheless looks set to return to the international community of nations; Hezbollah; Hamas; and new kids on the block, Daesh (the Islamic State), labelled ‘the number one threat to the entire international community’. The enemies are presented as a modern incarnation of the Amalekites, the Biblical enemy of the Jewish tribes.

Since taking office, Netanyahu has rarely changed his true position on any key issues affecting Israelis. Nor, indeed, has he made any progress in solving the country’s economic and social crises, on defense issues, on the ‘existential’ struggle against enemies, or with regards to the Palestinian state.  His consistency in this regard should not be clouded by his sometimes divergent statements. In his speech at Bar Ilan in 2009, Netanyahu supported the two-state solution. Today, he no longer even pays it lip service and argues strongly against Palestine’s unilateral campaigns the United Nations. Deep down, one suspects that this has always been his position. And this consistency wins Netanyahu and his party elections. As the prominent blogger Charles Enderlin argued, if elected, Netanyahu will simply continue to implement his long-standing project: to transform the essential spirit of Israel and end any possibility of a two-state solution.

The inconsistent and disorganised opposition

The list of the centre-left Zionist Union camp, headed by Isaac Herzog, son of former Israeli President Chaim Herzog, and Tzipi Livni, regular defector from right to left, nevertheless made more than respectable gains. But not enough to win victory. With 24 seats, the Zionist Union may be a newly established party, but the manner of its emergence will be familiar to Israelis: a coalition scrambled together purely in order to win an election.

This leads to great inconsistency among centrist and centre-left parties, exemplified by Yair Lapid’s Yesh Atid party. In the 2013 elections, the party emerged from nowhere to gain 19 seats, making it the second largest force in the Knesset, and joined the ruling coalition under Netanyahu. In the most recent elections, after refusing to repeat the partnership and signing up to the centre-left opposition, Yesh Atid fell to only 11 seats. Beyond the surprising gains of theUnited Arab List, to which we shall return, this to-ing and fro-ing means that the centre-left lacks credibility as a long-term alternative for the Israeli electorate.

This is exacerbated by the fact that the Israeli right blames the centre-left for believing in Oslo and the possibility of peace with the Palestinians after the failure of the Camp David II negotiations. When surveying the history of the Labour Partyover the last ten years, it is clear that the once-mighty force is now fragmented and dormant. Its former leaders, such as Barak, have shifted radically to the right and even founded their own party, Haatzmaut (Independence), which has since disappeared.

While short-lived, this move demonstrated that the ideology dominant at the time of Israel’s founding, that of the Labour Party, is no longer in vogue. The left has disappeared into a black hole. In 2013, the Labour Party won only 15 seats. While the center-left Yesh Atid clinched 19 seats, it scrambled to form an alliance with Naftali Bennet’s far-right Jewish Home, before joining the Netanyahu government.Labour won 13 seats in 2009, with Kadima shifting to the left-center and gaining 29 seats. In 2006, Labour won 19 seats, with Kadima (at this point, still on the right) clinching 29 seats. Likud, with 12 seats, appeared to have suffered a major blow. Of all the traditional left parties, it is Meretz which has remained most true to its ideals and consistent, still calling for a shared Jerusalem, two-state solution and dismantling of the settlements. As for the Unified Arabic List, it has – largely thanks to its leader, Ayman Odeh – won 14 seats, making it the third largest political party in the country. As already made clear during the elections, the Arab List will not ally with either Herzog or Netanyahou, but will rather taking a leading role in the Israeli opposition. It will be a strong symbol.

The only consistent policy comes from the right

The Israeli left has lost its identity, wears a black rose for the Palestinian’s simply to cover the indelible stain of its original sin, and has directly or indirectly contributed to the erosion of some of the great humanist principles of early Zionism: the New Man, the new country’s dreams, kibbutzim, an egalitarian society. They are not trusted to solve Israel’s most intractable problem, nor its present crises.

For all these reasons, the left tried to reconcile with its past and present itself in the recent elections as a « Zionist » union. However, Zionism has evolved since the left’s heyday. Supposedly « secular », it has seen its nationalist and religious elements come into the ascendency. There is an unmistakable « theocratization » of Israel, whether in politics, in the army or in the population at large. This rise of religious discourse, of course, plays into the hands of Netanyahu and other right-wingers, especially its ultra-orthodox, “traditionalist” components: United Torah Judaism,Yisrael Beiteinu and Jewish Home.

The emergence of this “Bloc of Faith”, together with the ascendency of the right since 1977, has gradually merged the discourses of defense and security with religious messianism in the Palestinian territories. For increasing numbers of Israeli radicals who support these “fringe” parties of the extreme right, “Palestine” is simply understood as Judea and Samaria – and thus as Israel’s rightful territory. This discursive merger is extremely potent and dangerous.

However, the inconsistency of the Israeli « left » in its 2015 election program made it unlikely that it would be seen as a credible alternative. They have been pulled into the orbit of the right, making continued attempts to invoke their founding principles appear contradictory and unconvincing. They view Jerusalem as the indivisible capital of Israel, making ostensible commitment to a two-state solution appear hollow; they support the dismantling of the settlements – apart from the largest and most controversial, such as Ma’ale Adumim. They recognise Palestinians’ right to a state, but not on the basis of the 1967 borders of Green Line.  These contradictions perhaps explain why even left-leaning Israelis end up consistently voting for the right: the left is dead and its attempts to deny this merely make it appear schizophrenic.

Any recovery of the left depends on whether it can offer the electorate a credible solution to Israel’s social and economic crises and, in so doing, push defense and security down the agenda. Indeed, since 2011 Israelis have repeatedly denounced Netanyahu’s record in the former area. Despite appointing a special commission in the aftermath of record-breaking public protests, the Prime Minister has been unable to resolve any economic problems. Indeed, his relentless focus on defense and security means that the state simply lacks the money to do so. The center-left has attempted to campaign on this issue, but ultimately, Israelis prefer invest hope in candidates who prioritise security.

Even on economic matters, the right still has the advantage. The rise of kingmakers like Moshe Kahlon, a Likud defector whose Kulanu (All of Us) party campaigned on socio-economic issues, allows Netanyahu to at least rhetorically reconcile the defense of the country with the defense of the standard of living for its citizens. By incorporating elements pushing a few traditionally centre-leftist policies, the ruling right-wing block is able to attract a broad enough voter base to remain secure.  And, of course, any serious external attack or threat will see debate on socio-economic issues further suppressed in the name of “national unity”.

Netanyahu has a free hand to build a strong coalition of nearly 67 seats, sending Arab parties and Labour into opposition, and allying again with the most radical right-wing parties in the country: those who want Lieberman to initiate new wars against Gaza and Hezbollah; those who want to “save” Israel, such as Naftali Bennett, who takes an ultra-aggressive stance against all enemies of the country and shows zero remorse while pursuing the “natural” recolonization of Judea and Samaria; those who, like United Torah Judaism, want to reconquer the Dome of the Rock from the Muslims and repeal the law which will subject ultra-Orthodox Jews to mandatory conscription from 2017.

Meanwhile Israel will continue to “over-secure” itself, against Iran and other enemies, interfere with the fallout from the Arab Spring, risk further inflaming and already volatile situation in Syria and elsewhere and to support the status quo in less urgent questions for the Israeli electorate, in particular with regards to Palestine. Internationally, the Israeli government will continue to present threats to its own interests as threat to the entire world. Netanyahu recently stated once against that he has not changed his policies, but rather the political reality has changed. And indeed, Netanyahu mark-IV looks very much like the previous models. Is this a good this for Israel, or simply for the personal ambitions of the Prime Minister? Israel is more and more cut off from the international community, from European union, and, most importantly, from Barack Obama. It has not yet been abandoned by the United States. But for how long will it remain in favour?

Interview du Nouvel Observateur cité par France TV Info

 « Canal de Suez : quatre chiffres pour comprendre l’ampleur des travaux »
Canal de Suez : quatre chiffres pour comprendre l'ampleur des travaux
L’Egypte inaugure, ce jeudi 6 août, le nouveau canal de Suez en présence de François Hollande. Un projet d’envergure qui permet de doubler le nombre de navires pouvant emprunter cette voie qui relie la Méditerranée à la mer Rouge.Il est le symbole de la reconstruction de l’Egypte. Le nouveau canal de Suez est inauguré, ce jeudi 6 août, en grande pompe. Parallèle à la première, la nouvelle voie doit permettre d’augmenter le trafic des porte-conteneurs. Ces bateaux démesurés pourraient, dans les prochains jours, être deux fois plus nombreux à emprunter le canal de Suez.Pour s’offrir cet agrandissement, le pays a déboursé pas moins de 8 milliards de dollars. Mais qu’importe, c’est « un cadeau des Egyptiens au reste du monde » affirme le président de l’Autorité du canal de Suez, Mohab Mamich, d’après The Independent (en anglais).

Francetv info revient sur l’histoire de ce chantier gigantesque en quatre chiffres. 

8 milliards de dollars

Avec ce projet pharaonique, l’Egypte veut asseoir sa domination maritime dans la région. Et consolider le rayonnement international de son canal. Au lancement du projet, le 5 août 2014, la facture des travaux était estimée à 4 milliards de dollars. Mais le chiffre évoqué par Mohab Mamich est rapidement devenu désuet. Ce vaste chantier a finalement coûté 8 milliards de dollars. Deux fois plus que prévu.

L’Egypte n’a pas seulement élargi le canal de Suez. Dans le cadre du projet, de nouveaux ports sont sortis de terre. Ces infrastructures permettront notamment d’entretenir de très gros navires. Le chantier « planifie également la création d’un hub [centre] technologique, de zones industrielles pour des entreprises intéressées par ce débouché immédiat sur l’une des principales routes maritimes mondiales et la construction d’entrepôts », détaille le magazine Orient XXI.

Plus de 100 000 ouvriers

Le chantier s’est étendu sur plusieurs dizaines de kilomètres. Plus de 100 000 ouvriers ont été mobilisés pour creuser cette nouvelle voie du canal. Pour répondre au délai d’un an imposé par le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, les travailleurs ont subi des conditions de travail difficiles. Les engins de chantier s’activaient jour et nuit. Au lancement des travaux, Mohab Mamish avait pourtant annoncé que le nouveau canal ne verrait pas le jour avant 2017.

Peu d’informations sont disponibles sur le quotidien des ouvriers. Mais, en septembre 2014, trois personnes ont perdu la vie sur le chantier. Après ces accidents, le délai imposé par les autorités égyptiennes a été considéré comme « irréaliste et dangereux » par le média Orient XXI.

72 kilomètres de long

La nouvelle voie maritime, creusée en parallèle du premier canal, s’étend sur 72 kilomètres. Pour permettre le passage des porte-conteneurs, les ouvriers ont dragué pas moins de 260 millions de tonnes de sable et de terre. Le premier canal a également été élargi de 37 kilomètres, rapporte Le Figaro. De quoi doubler le trafic, car les deux voies du canal permettent désormais la navigation dans les deux sens. Résultat : 97 bateaux pourraient l’emprunter chaque jour d’ici à 2023, contre 49 actuellement.

Grâce à cet élargissement hors du commun, le temps de traversée du canal devrait passer de dix-huit heures à onze heures. Un gain de temps important pour les navires chargés de marchandises.

13,2 milliards de dollars de recettes espérées

L’Egypte ne cache pas ses ambitions. Avec cette nouvelle infrastructure, elle espère augmenter nettement ses recettes. Le droit de passage permet au Caire d’engranger 5 milliards de dollars par an, soit près de 20% du budget de l’Etat. Mais cette principale voie de transit pour le commerce maritime mondial pourrait bientôt rapporter 13,2 milliards de dollars. L’estimation des autorités égyptiennes se base sur l’augmentation attendue du trafic sur le canal.

L’objectif  de cette opération d’envergure est de « résoudre un problème fondamental qui est la crise économique et sociale extrêmement violente en Egypte », indique Sébastien Boussois, collaborateur scientifique de l’Institut d’études européennes/Repi (université libre de Bruxelles), cité par L’Obs. Mais selon Ahmed Kamaly, économiste à l’université américaine du Caire, les retombées économiques espérées par le gouvernement resteront un « vœu pieux ».

Par Florian Delafoi

COLLECTIONS POLITIQUES

Deux collections aux éditions du Cygne.

Pour toute proposition de texte dans l’une de ces deux collection, merci de m’adresser votre tapuscrit en version finale, corrigée, à l’adresse boussois@yahoo.fr. Un délai de réponse d’environ un mois est nécessaire à l’étude de votre futur ouvrage.

  • Collection « Reportages »

http://editionsducygne.com/editions-du-cygne-collection-reportages.html

Parce que le monde d’aujourd’hui est plus complexe que du temps de la guerre froide, à l’échelle d’un pays, d’une région, d’une société,
la collection « Reportages » s’est fixé pour objectif de rendre clair et précis un sujet géopolitique
en faisant appel aux plus grands spécialistes de la question.

À cette mission de vulgarisation sans simplification, il faut ajouter un autre objectif :
celui de rendre compte aussi sur une vingtaine d’années du travail de cet auteur, journaliste ou chercheur,
en sélectionnant avec lui les articles qui reflètent le mieux l’évolution du sujet traité.

Au-delà, et face à l’évolution des supports de communication du monde moderne et l’envie insatiable de « faire vite »,
c’est l’envie enfin de mettre à l’honneur journalisme et recherche de qualité,
sans jamais céder aux sirènes de la mondialisation et de l’uniformisation de l’information

Dans la collection :

Hongrie : l’apprentie sorcière du nationalisme, de Joëlle Stolz
Le Yémen : au-delà de la révolte, de Charlotte Velut
Israël, l’enfer du décor : dix ans de radicalisation, de Sébastien Boussois
L’Afrique d’un siècle à l’autre : heurs, malheurs et retour sur l’Histoire, de Colette Braeckman
Ces trente ans qui ébranlèrent le golfe Persique, de Olivier Da Lage
Caucase : le grand jeu des influences, de Jean Radvanyi
A la recherche de la Palestine : au-delà du mirage d’Oslo, de Julien Salingue
Belgique : Laboratoire de la désunion européenne, de Jean-Pierre Stroobants
La Tunisie de Ben Ali : miracle ou mirage ?, de Florence Beaugé
Turquie : la révolution du Bosphore, de Marc Semo
Le nouvel Irak : un pays sans Etat, de Georges Malbrunot
Les Etats-Unis de Bush à Bush : les failles de l’hyperpuissance, de Nathalie Mattheiem
Palestine : une nation en morceaux, de Benjamin Barthe
Le Vatican et ses papes : cinquante ans de tribulations dans le sanctuaire de l’Eglise, de Bruno Bartoloni
Brésil : le réveil du géant latino-américain, de Annie Gasnier
Libye : la révolution comme alibi, de René Naba
Chine : au pays du capitalisme (presque) parfait, de Frédéric Koller
Balkans, la mosaïque brisée : frontières, territoires et identités, de Jean-Arnault Derens
Italie, les années Cavaliere : de Berlusconi à Berlusconi, de Eric Jozsef
Algérie : de la guerre à la mémoire, de Florence Beaugé
Liban : chroniques d’un pays en sursis, de Roger Naba’a et René Naba
L’Algérie des années 2000, de Florence Beaugé
Yougoslavie : de la décomposition aux enjeux européens, de Catherine Samary
Israël, une société bousculée, de Dominique Vidal
  • Collection « Recto-Verso »

http://editionsducygne.com/editions-du-cygne-collection-recto-verso.html

dirigée par Sébastien Boussois

A l’image de la collection Reportages chez le même éditeur, il est important de laisser la parole aux professionnels, universitaires et intellectuels qui témoignent d’une réalité sociale, politique ou culturelle, significative des grands enjeux contemporains du monde. Il nous est vite apparu que « Reportages » devait s’accompagner d’une collection connexe et qui poursuivrait les mêmes objectifs mais non directement liés à l’enquête de terrain journalistique. Il est toujours question ici de rendre compte du travail de l’auteur choisi sur plusieurs années, en sélectionnant avec lui les articles qui reflètent le mieux l’évolution du sujet traité. L’idée attenante est de rendre accessible des travaux de recherches, qui sont une ressource inestimable parfois négligée par peur d’être inaccessibles au grand public, à des lecteurs curieux des grandes mutations du Monde d’aujourd’hui. « Recto Verso » vous présente ainsi de manière abordable l’essentiel du sujet mais également les implications cachées…

Dans la collection :

Villes arabes, cités rebelles, de Roman Stadnicki (dir.)
L’Etat islamique et le bouleversement de l’ordre régional, de Philippe Bannier
Gaza : l’impasse historique, de Sébastien Boussois
Pour en finir avec l’affaire Al Dura, de Guillaume Weill-Raynal
Sport et géopolitique : une décennie de chroniques, de Pascal Boniface
Une nécessaire relecture du « Printemps arabe », de Barah Mikaïl
Israël-Palestine : l’impossible débat, de Guillaume Weill-Raynal
Shoah, génocides et concurrence des mémoires, de Dominique Vidal
La France vue par un blédard, de Akram Belkaïd
Voyages au coeur de la planète islam : diversité des sociétés musulmanes, de Wendy Kristianasen
La manipulation de l’identité nationale, de Saïd Bouamama
Les années noires du journalisme en Algérie, de Brahim Hadj Slimane
Humanitaire, diplomatie et droits de l’homme, de Rony Brauman

Les classes et quartiers populaires : paupérisation, ethnicisation et discrimination, de Saïd Bouamama